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25 Septembre 2018 | 16, Tishri 5779 | Mise à jour le 21/09/2018 à 13h05

Rubrique Judaïsme

Michel Gugenheim : « Le vin est un produit ambivalent, tout dépend de l’usage que l’on en fait »

Tous les moments de la vie juive sont sacralisés par une coupe de vin. De la brit-mila au Kiddouchin, du mariage aux Cheva Brahot, du Kiddouch de Chabbat et de Yom Tov à la Havdalah, et bien sûr au Seder de Pessah. Pour Actualité Juive, le Grand Rabbin de Paris, Michel Gugenheim revient auprès de notre oenologue Levanah Iserin sur la place du vin dans la Torah et sur certaines Halakhot à l’approche de Pessah.

Actualité juive : Pourquoi le vin est-il si important dans la Torah et dans la vie juive en général ? 

Michel Gugenheim : Du point de vue de la Torah, le vin est considéré comme la boisson la plus noble qui soit. Le vin est mentionné lors de la rencontre d’Abraham et de Melkisedek, roi de Shalem qui lui apporte du pain et du vin. Yaacov apporte du vin à son père Itshak qui le bénit à cette occasion. Dans le Talmud, il est précisé que les Lévites récitaient les cantiques au Temple seulement au moment où on effectuait les libations de vin. Dans le Midrash du Cantique des Cantiques, le verset « il m’a emmené dans la maison du vin » fait référence au Mont Sinaï, ainsi la Torah elle-même est comparée au vin ! Ceci se transcrit dans la loi juive par le fait que le vin possède une bénédiction spécifique (« bore peri haguefen ») et occupe donc une place à part dans les boissons dont il est le roi. Faire la bénédiction sur le vin dispense de faire la bénédiction sur les autres liquides. 


A.J.: Le vin a deux qualités : il rend joyeux et il nourrit l’homme. Mais pourquoi faut-il boire 4 coupes de vin à Pessah ? 

M.G. :Le concept des 4 coupes se retrouve à plusieurs moments dans nos textes. Ces quatre coupes de vin correspondent aux quatre étapes de la libération des enfants d’Israël : vehotseti - je vous ai sorti des maux (la souffrance est réduite), vehitsalti - je vous libérerai (libération partielle), vegaalti - je punirai vos oppresseurs (noyés dans la mer Rouge), velakarti – je vous prendrai comme peuple (délivrance spirituelle à Matan Torah). On retrouve les quatre coupes avec Yossef en prison et le maître échanson qui mentionne 4 fois le mot Kos : le soir du seder nous rappelons ainsi que l’oppression a commencé avec ce pharaon. De même le peuple d’Israël va être opprimé par quatre civilisations : Babylone, jusqu’à la destruction du Temple par Nabuchodonosor ; les Perses et les Mèdes jusqu’à Pourim ; les Grecs jusqu’à Hanoukka; et enfin Rome et la civilisation occidentale dont la Délivrance est toujours à venir. A ce jour nous n’avons pas encore échappé entièrement au joug des nations, même si Israël a effectivement retrouvé une certaine autonomie aujourd’hui.

Le Midrash dit que les Bné Israël ont pu sortir d’Egypte grâce à leurs 4 mérites : ils n’ont pas changé leur nom (au profit de noms égyptiens), ils ont conservé la langue hébraïque, ils ont conservés leur chasteté, et il n’y a pas eu de délateurs parmi eux. D’un point de vue halakhique, celui qui a survécu à 4 types de situation périlleuse (la traversée du désert, la maladie, l’emprisonnement et la traversée de la mer) doit réciter la bénédiction de louanges à Hachem, pour rappeler que notre vie était elle aussi menacée en Egypte. Un autre symbole du chiffre quatre se trouve dans les 4 fils : le sage, le méchant, le simple et celui qui ne se pose pas de question ! Le Maharal de Prague lui, relie la sortie d’Egypte au mérite des 4 matriarches Sarah, Rivka, Rachel, Lea.


A.J.: Pourquoi boire du vin rouge à Pessah ? Est-ce une obligation ? 

M.G. : Non, c’est une recommandation, d’ailleurs on peut prendre un vin blanc s’il est nettement meilleur, mais en vérité le vin rouge est là pour rappeler le sang qui a une importance toute particulière à Pessah. Le sang du sacrifice pascal, le sang apposé sur les linteaux des maisons pour protéger les premiers nés, le rappel de la circoncision avant la consommation du sacrifice pascal, et enfin le sang des bébés hébreux que pharaon a tué pensant ainsi guérir de la lèpre.


A.J.: Quelles sont vos recommandations « œnologiques » à la Communauté Juive à l’approche des fêtes de Pessah ?

M.G. : Le vin est un produit ambivalent, tout dépend de l’usage que l’on en fait. Noah a planté une vigne et ça s’est mal terminé, son fils Ham a été maudit. De même, Loth a eu commerce avec ses filles qui ont profité de son ivresse. Finalement le vin vous pousse dans la direction que vous avez choisie de prendre: vers le négatif, il vous pousse à la faute, ou à l‘inverse, comme Yaacov qui fait un bon usage du vin, il vous aide vous s’élever vers la spiritualité. Si on est méritant, on devient Roch (tête), et si on ne l’est pas, on devient Rach (pauvre). Il peut nous porter vers la « tête », nous permettant de découvrir des secrets de la Torah comme l’indique sa valeur numérique 70, qui équivaut au Sod (secret). « Quand le vin rentre, les secrets sortent »! La personne perd toute censure et livre tous ses secrets. Finalement le vin est un modèle de ce qui existe dans la nature. Chaque chose peut être bonne ou mauvaise, selon ce qu’on en fait : il ne faut pas tomber dans le piège de se servir soi-même, il faut choisir le bien pour servir Hachem et s’élever spirituellement. 


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

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