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19 Février 2019 | 14, Adar I 5779 | Mise à jour le 18/02/2019 à 12h46

Rubrique Judaïsme

Pessah… et liberté

(DR)

Le Commentaire de la Semaine par le Rav Elie lemmel,Directeur de l’Association lev La Maison de la Famille et lamed.fr

A l’aube de Pessah, l’enjeu de l’échange autour de la table du Seder se repose avec encore plus d’acuité à l’heure où les connections entre les individus passent de plus en plus via un tiers technologique.

Autour de cette fameuse table, exit les tablettes et autres objets du même type, en premier lieu car la sainteté du jour (Yom Tov) nous l’impose, et même pour celles et ceux qui n’ont point encore intégré cette idée d’un jour saint, parce que la Haggadah est un texte qui se raconte en lisant un livre et en échangeant autour du thème central de celui-ci : la liberté

Liberté d’un peuple comprenant que pour ne point se laisser asservir par un quelconque Pharaon, il est nécessaire de se soumettre à une discipline que l’on est prêt à s’imposer à soi-même.

Liberté de choisir devant qui nous allons nous incliner : Roi de l’univers ou systèmes en tous genres.

Liberté de réapprendre à ne point se disperser et de recentrer nos forces et énergies vers une finalité nous inscrivant dans une tension vers l’infini.

Liberté de rester dans une histoire et un vécu sous tendu par le message de la Torah non aseptisé et remis au goût du jour pour mieux plaire à ceux qui ne supportent pas ce qu’ils définissent comme l’archaïsme d’une religion qui remet en cause les multiples désirs d’une société à l’écoute d’elle-même.

Liberté de repenser l’altérité non point comme le lieu du don vers l’autre mais en premier lieu comme le don que me fait l’autre de par ce qu’il m’oblige à être, de par sa présence.

La liste est longue et chacun d’entre nous pourrait la compléter, mais il est intéressant de constater que c’est en prenant le temps de ne plus répondre de manière automatique et quasiment obligatoire à toutes ces sonneries que l’on reprend sa liberté.

Au-delà de l’aspect éminemment concret de cet arrêt des sollicitations, c’est la possibilité d’être dans un questionnement nouveau que nous propose ce moment.

Question sur le sens de l’acte et donc possibilité de le vivre encore plus intensément. Question nouvelle sur un savoir ancien et donc ouverture vers un vécu plus intense par la réponse différente qui viendra éclairer d’un jour nouveau les actes et les lectures habituelles.

Pessah sera aussi le moment où la suppression du H’ametz nous amènera à penser à ne plus être la finalité de notre existence comme le symbolise cette pâte qui gonfle, mais à l’image de la Matza être bien plus vecteur d’une réalisation de soi à travers l’écoute du message d’Hachem. Cette Matza que mange la petite partie du peuple qui décide de quitter le confort d’une Egypte où l’on ne souffre plus et prend le risque de s’enfoncer dans le désert à la rencontre de la révélation.

Pas simple à mettre en place dans un univers où le religieux ne s’inscrit que comme un complément nutri-spirituel et les Mitsvot n’ont droit de cité que si elles sont génératrices de bien-être.

C’est là où se situe peut-être la dimension bouleversante de cette fête.

Celle où l’on apprend que la liberté ne peut se concevoir sans acceptation du projet du créateur dans et pour notre vie.

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