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21 Août 2019 | 20, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique Culture/Télé

Richard Malka : « Mes références sont fortement empreintes de la culture juive »

Crédit : JF PAGA

L’avocat Richard Malka publie un premier roman.

Actualité Juive : Vous signez votre premier roman mais votre nom est connu du public : scénariste de BD, vous avez, au titre d’avocat, représenté Charlie Hebdo, conseillé et accompagné Manuel Valls, Dominique Strauss-Kahn, Anne Sinclair, Carla Bruni, pour ne citer qu’eux… Voilà beaucoup de casquettes pour un seul homme mais ne sont-elles pas, finalement, liées par la puissance du verbe et le désir de convaincre ?

Richard Malka : Ce n’est pas si multiple que cela : au fond, je ne fais que raconter des histoires humaines. J’avais envie de dire des choses sur notre temps, ce qui ne pouvait s’adapter ni à la bande dessinée ni à une plaidoirie. Le support qui m’a semblé le plus adapté est le roman. Et puis j’ai voulu relever un nouveau défi : celui de savoir si j’en étais capable !


A.J.: À la croisée de « 1984 » d’Orwell (ou « 2084 » de B. Sansal) et de « Douze hommes en colère », ce roman est une dystopie décrivant l’oppression d’un peuple et la façon dont elle est perçue à l’étranger. Sous-tend-il un message ?  

R.M. Je n’aime pas le mot « message ». J’ai horreur des leçons de morale et j’essaie de ne pas en donner. Il y a en tout cas une thématique qui relève de l’insupportable tentation de l’humain à rechercher la pureté et à vouloir créer un homme meilleur. C’est une pente qui mène invariablement à la tyrannie, au goulag, aux génocides ou aux têtes coupées par milliers. C’est la liberté sacrifiée sur l’autel de l’égalité, de la transparence et de la vertu, pour en revenir au livre dont l’une des idées fortes est de dire que le mal est à l’intérieur de chacun de nous. Essayer de l’éradiquer plutôt que de le réguler est dangereux parce qu’on n’est plus dans l’humain. Une phrase de Dostoïevski résume le propos du livre : « Il n’y a qu’une chose que l’homme préfère  à la liberté : c’est l’esclavage »…


A.J.: La touche « malkaïenne », que d’aucuns qualifient de Rock’n’roll, imprègne le récit d’une grande sensualité …

R.M. Elle était plus marquée à l’origine mais je l’ai édulcorée en pensant à ma mère !C’est en effet un livre dans lequel les hommes aiment les femmes, les détestent, les craignent. Comme dans la vie… 


A.J.: Le fil conducteur du livre repose sur le procès d’un réfugié de cette tyrannie. Le lecteur est confronté, tout comme la cour d’assise, à la question morale de savoir si, au nom de la démocratie, il est juste de libérer un meurtrier. La progression de la plaidoirie montre, de façon vertigineuse, ce qu’il faut aux avocats d’audace et de prudence, d’éloquence et de retenue…

R.M. C’est quasi instinctif. C’est toute la magie de l’audience : une phrase malheureuse et tout bascule. De toute façon, une audience ne se passe jamais comme prévu. Que le sort de quelqu’un en dépende ajoute à la pression. L’intensité humaine est perçue par le lecteur qui y découvre le théâtre du réel élevé à la dimension de la tragédie grecque. C’est d’une violence inouïe. On y laisse sa santé mais je ne connais rien qui donne une telle intensité de vie… 


A.J.:  Suivi à Jérusalem, ce procès suscite un débat houleux entre rabbins sur la miséricorde envers les meurtriers. On a lu que vous traitiez votre culture juive avec « une distance affectueuse » tout en vous félicitant d’avoir étudié le Talmud pour « l’agilité d’esprit »…

R.M. Quand je suis en Israël, je ne manque jamais d’aller la nuit au Mur. C’est la nuit qu’on peut entendre des rabbins s’engueuler longuement autour de trois mots ! Je trouve cela fascinant. Mes références sont fortement empreintes de la culture juive. Je pense d’ailleurs que cela se ressent dans le livre, de même qu’une méfiance à l’égard des religions tout en gardant à l’esprit qu’elles ont structuré l’humanité. J’essaie d’en garder le meilleur. 


A.J.: Lors d’une audience, l’expert psychiatre désigné pour le procès pense à la carpe farcie de sa mère, et le narrateur omniscient d’évoquer ce « plat d’Europe de l’Est, objectivement écœurant ». Objection ! 

R.M. Je vais me faire plein d’ennemis ! J’ai une circonstance atténuante. Une névrose installée depuis l’enfance m’empêche de manger tout ce qui provient de la mer. Je m’en excuse auprès des amoureux du gefilte fish. Moi, c’est la tafina !


Richard Malka « Tyrannie » Grasset, 392p, 22 euros

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