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25 Septembre 2018 | 16, Tishri 5779 | Mise à jour le 21/09/2018 à 13h05

Rubrique Communauté

Valérie Toranian : « La reconnaissance du génocide arménien est le combat de tous »

Les refus répétés de l’Etat turc de reconnaître le génocide arménien 103 ans après les faits, rendent les commémorations toujours plus douloureuses, comme en témoigne la journaliste Valérie Toranian, petite-fille de rescapée.

Actualité Juive: On a célébré le 24 avril dernier les 103 ans du génocide arménien. Comment vivez-vous chaque année cette commémoration ? 

Valérie Toranian : Comme tous les Arméniens, c’est-à-dire un moment de rassemblement et de souvenir autour de la mémoire des morts. C’est aussi une façon de nous compter, paradoxalement de nous dire qu’on est vivants. Ce sont les vivants qui se rassemblent. On est là partout dans le monde, de Paris à Buenos Aires. 


A.J.: En 2015, dans votre livre « L’étrangère » consacré à votre grand-mère, vous écriviez : « Le fait que les Turcs refusent jusqu’à aujourd’hui de

reconnaître le génocide des Arméniens rend fou ». 

V.T. : Oui le négationnisme rend fou. Il renvoie à un sentiment d’injustice décuplé. Nous sommes face au cynisme de la Turquie bien sûr, mais surtout à la complicité des Etats partout dans le monde qui continuent finalement par lâcheté, parce que la Turquie fait partie de l’OTAN, de cautionner ces comportements et de faire preuve d’une indulgence par rapport au crime de la Turquie qui est inacceptable. Une partie de la société civile turque, malgré la répression, continue d’exercer sa pression sur Erdogan. Des voix se sont élevées sur la question du génocide. Mais la Turquie a la main et ce sentiment d’injustice rend fou. Egalement le fait que les gens ne savent pas. Quand j’étais jeune, j’avais souvent l’impression qu’on ne me croyait pas, que rien ne pouvait étayer la réalité historique. Cette impuissance-là aussi rend fou. On remet en question votre statut. Comme quand on est victime d’un crime ou d’un viol et qu’on vous dit que ça n’a pas eu lieu. 


A.J.: L’identité arménienne s’est-elle construite sur cette absence ? 

V.T. : La non-reconnaissance est portée douloureusement par les survivants et les générations suivantes et fait partie de notre identité. Enfant, j’ai porté cet héritage qui arrive vite. Mais notre identité ne se résume pas qu’à cette souffrance, cette béance même si elles ne sont jamais loin. C’est aussi mille autres choses : la culture, la cuisine, la langue. 


A.J.: Quelle issue voyez-vous à cette question éminemment politique ?

V.T. : Il est à espérer qu’arrivera un moment favorable pour la République turque, ses alliés, ses enjeux et avec les pressions qu’on pourra exercer sur elle, pour que nous obtenions notre reconnaissance comme le chancelier allemand Willy Brandt s’était agenouillé devant le Mémorial des morts du Ghetto de Varsovie et aurait demandé pardon. Le Moyen-Orient est une région qui a de la mémoire. Elle sait qui sont les tyrans, les dictateurs et les auteurs de massacre. Cette impunité des Turcs d’avoir génocidé les Arméniens en 1915 est un très mauvais exemple qui a été donné dans la région, d’une manière générale. Il n’y a pas eu de critique sur l’histoire, pas de regard sur le passé. La Turquie a des cadavres dans sa cave et notre conscience à tous doit être interpellée. Ce n’est pas seulement le combat des Arméniens mais celui des démocrates et des humanistes. L’Etat turc est dans l’impunité et continue avec les Kurdes. On en est tous un peu responsable collectivement. Je sais aussi les liens qui unissent la Turquie et Israël. Le jour où Israël reconnaitra le génocide arménien sera un moment important. Les Arméniens attendent ce geste qui serait un très beau geste. Ils en seraient très reconnaissants.

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