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23 Juin 2018 | 10, Tammuz 5778 | Mise à jour le 21/06/2018 à 11h38

Rubrique Israël

La course dans le mur

Les assaillants palestiniens tentent de forcer la barrière de sécurité sur les ordres du Hamas. (Flash90)

La journée du 14 mai était attendue comme un pic de violence. Le Hamas savait qu'il avait tout intérêt à détourner à son avantage la couverture médiatique internationale de la cérémonie d'inauguration de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Une stratégie suicidaire qui veut transformer une crise humanitaire en conflit ouvert.

Les Gazaouis eux-mêmes ne s'attendaient pas à un tel bilan. Plus de soixante tués et près de 3 000 blessés en moins de douze heures, cela ne s'était pas produit depuis la confrontation de l'été 2014. Ce qui peut expliquer que la journée de violence du 14 mai n'ait pas été suivie d'une seconde, en tout cas pas à la même intensité, même s'il est trop tôt pour affirmer que le pire est passé. Après les funérailles, le Hamas a encore un calendrier tout prêt : la semaine qui s'achève sur le premier vendredi du mois de Ramadan et la date du 5 juin, journée de la « Naqsa » la défaite de 1967. 

D'un point de vue froidement opérationnel, les deux camps ont rempli la mission qu'ils s'étaient fixée. Tsahal a enrayé les tentatives de bris de la barrière de sécurité et d'infiltration terroriste. Le Hamas a obtenu les images terrifiantes qu'il avait programmées de femmes et d'enfants courant sans arme vers la frontière israélienne, dans la fumée noire des pneus enflammés et des gerbes blanches des gaz lacrymogènes tirés par les soldats israéliens. Et surtout, il a ses martyrs. Les identités des Palestiniens tués s'affineront dans les jours qui viennent. Le Hamas reconnaît déjà avoir perdu dix de ses miliciens, tandis que Tsahal évalue à  24 le nombre de terroristes, appartenant au Hamas et au Jihad islamique,  recensés parmi les 61 victimes. 

La tactique de l'organisation islamiste palestinienne a prouvé son efficacité au cours des sept semaines d'émeutes qui ont déjà marqué sa campagne de la « marche du retour ». Envoi en première ligne d'enfants et de femmes, parfois âgées, qui se ruent vers la barrière de sécurité, suivis par le gros des manifestants, parmi lesquels se dissimulent des terroristes, qui vont s'en prendre à la clôture avec des tenailles et des cutters et détruire les dispositifs de surveillance. La troisième ligne aura pour mission de traverser la frontière, avec des armes, des bombes ou des bouteilles incendiaires pour attaquer les soldats israéliens déployés sur l'autre versant et si possible atteindre une des localités frontalières de l'ouest du Néguev. C'est une de ces tentatives qui a été enrayée le 14 mai par l'unité d'élite Maglan. Huit terroristes armés qui s'apprêtaient à lancer une attaque, répartis en deux commandos, ils se sont mêlés aux manifestants. Le premier a ouvert le feu, tandis que le second jetait des charges explosives vers les véhicules de Tsahal qui venaient à leur rencontre. Les huit terroristes ont été abattus au cours du combat. 


Galvaniser les foules


Les incendies provoqués par les lancers de cerfs-volants et de ballons à l'hélium chargés de bouteilles incendiaires ou de braises ont détruit plus de 50 hectares de cultures et de garrigue sur le côté israélien de la frontière. Le vent d'ouest a rapidement propagé le feu dans les champs de blé mûr, à quelques jours des moissons. L'ampleur des dégâts causés aux agriculteurs devra encore être estimée.

Tsahal avait averti l'organisation islamiste de ne pas provoquer l'escalade et la population palestinienne de ne pas se laisser entraîner dans la provocation, qui allait faire des victimes. Rien n'y a fait. Le Hamas a continué à galvaniser les foules, à acheminer par bus entiers les manifestants sur la quinzaine de points de rassemblement répartis du nord au sud de la barrière, dans l'espoir d'arriver à opérer une percée, qui permettrait à la foule de s'enfoncer en territoire israélien. Quand ces tentatives ont échoué, le Hamas a retourné la violence contre ses propres installations, en incendiant à trois reprises en quatre jours le côté palestinien du point de passage de Kerem Shalom, privant encore plus pour des semaines, et peut-être des mois, la population de Gaza de gaz et de carburant.

Au soir du 14 mai, les messages de Tsahal s'étaient faits plus menaçants. Aux attaques contre la barrière, les forces de sécurité israéliennes ont répondu par des frappes contre des installations de l'organisation palestinienne dans la Bande de Gaza. Et les responsables de la défense israélienne ont averti que les chefs du Hamas ne resteraient pas à l'abri si les violences devaient se poursuivre. 

Une mise en garde qui a probablement été entendue, parallèlement aux pressions de l'Egypte, qui ont aussi contribué, en tout cas provisoirement, à faire redescendre le niveau des flammes. Le Caire redoute une propagation des violences sur son territoire, alors qu'il est déjà confronté à Daech dans le Sinaï. Israël de son côté, a semble-t-il accepté de faire quelques gestes, en autorisant la réouverture du terminal de Kerem Shalom, malgré les dégâts, pour maintenir un approvisionnement de marchandises pour la population de Gaza. Mais la situation reste très volatile et les braises peuvent s'enflammer à tout instant. 

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