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25 Septembre 2018 | 16, Tishri 5779 | Mise à jour le 21/09/2018 à 13h05

Rubrique Judaïsme

Parachat Emor : Quand un frère est tombé

(wikipedia)

La période entre Pessa’h et Chavouoth nous prépare au don de la Thora mais elle nous rappelle aussi la tragédie qui frappa Rabbi Akiba avec la perte de 24000 de ses disciples. Il faut donc aussi chercher dans cette période une piste pour nous aider à réparer cette faille. C’est ce que nous propose notre paracha avec la description d’un homme d’une envergure spirituelle exceptionnelle.

Le premier chapitre de notre paracha évoque le statut des Cohanim, les Prêtres affectés au service du Temple. De par leur fonction, une sainteté particulière les distinguait du reste du peuple. Ils ne devaient pas épouser n’importe quelle femme. Leur alimentation était différente et même les lois du deuil n’étaient pas les mêmes que celles propres à un autre Juif. Mais au-dessus d’eux, existait un autre Prêtre dont la sainteté était plus élevée que celle de ses frères. C’était le Cohen gadol. Il était au centre du rituel de Yom Kippour et sa sainteté était telle qu’il lui était interdit d’accompagner son père ou sa mère au cimetière lors de leur décès.


Pour sa dignité


Le Rambam précise encore qu’il était attaché au Temple et qu’il ne devait le quitter que la nuit, pour se rendre à son domicile, ou le jour pour une ou deux heures (1). Pourtant, cette rigueur dans le deuil qui lui interdisait de sortir du Temple pour enterrer ses parents, est tempérée par une autre loi que rapporte Rachi (2) : s’il découvrait un mort et que personne n’était là pour l’enterrer, il devait s’en charger, bien que cela devait le rendre impur ! On peut comprendre cette loi dans la mesure où le mort ne peut rester sans sépulture et pour sa dignité on ne doit pas tenir compte d’un quelconque degré de sainteté. Mais au-delà de ce rituel, que vient nous apprendre cette loi ?


Au cœur de la vie


Après la sortie d’Egypte, D.ieu proclama que les enfants d’Israël seraient pour Lui un Royaume de Prêtres (des Cohanim) et un peuple saint (3). Chaque Juif peut être donc qualifié de Cohen dans la mesure où il exerce lui aussi un service sacré. Et quand ce Juif décide de s’investir du plus profond de lui-même dans ce service, il peut atteindre le degré de Cohen gadol qui était totalement impliqué dans le service du Temple. Mais toute élévation spirituelle comporte un risque : celui qui pourrait nous faire oublier la réalité du monde. Et ce mort sans sépulture vient nous la rappeler. Ce mort, dont il est question ici, est le Juif qui s’est détaché de ces racines. Physiquement il n’est pas mort mais spirituellement, il a affaibli son lien avec le Créateur. Sa vitalité et son enthousiasme pour le judaïsme se sont considérablement réduits au point de ne plus voir chez lui « la Présence de D.ieu », selon l’expression du Zohar. Alors, le Juif qui a atteint un niveau de Cohen gadol ne doit pas hésiter à renoncer à sa sainteté pour descendre vers ce Juif « dévitalisé ». Cette descente est la plus belle expression d’humilité puisqu’un homme élevé va quitter ses délices spirituels pour se préoccuper d’un homme éloigné de la vie. C’est cette force qui manqua cruellement aux élèves de Rabbi Akiba : la capacité à accepter l’autre dans sa différence, un mouvement intérieur possible que lorsque l’humilité est au cœur de l’existence.


Notes

(1) Michné Thora, Lois des objets du Temple, chap. 5.

(2) Sur le verset 11 du chap. 21.

(3) Parachath Ytro, chap. 19,verset 6 

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