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21 Octobre 2018 | 12, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

Rubrique Judaïsme

Grand Rabbin Haïm Korsia : Chavouot, liberté et responsabilité

Le billet de la semaine par Haïm Korsia, Grand Rabbin de France Membre de l'Institut.

Dimanche dernier, nous inaugurions avec le maire de Neuilly, la ministre déléguée à l'Intérieur et tant de personnalités entourant la famille Sitruk, une place à Neuilly en l'honneur du grand rabbin Joseph Haïm Sitruk zal. Ce fut un très beau moment d'unité, dans la déférence et le respect de la mémoire de notre grand homme. Que l'unité est belle lorsqu'elle se fonde sur une personne aussi lumineuse! Nous formions un, nous étions un, nous portions la même espérance pour notre futur.

N'est-ce pas ce que nous avons connu lors du don de la Thora?

A l'issue du décompte de l'Omer, par une progression quotidienne en sainteté et en étude, tout comme les Hébreux sortant d'Egypte s'y sont préparés, nous atteignons Chavouot. Nous allons nous retrouver au pied du mont Sinaï et nous remémorer le don de la Thora. Nous remémorer, mais pas commémorer, car il ne s'agit pas de célébrer un évènement du passé, mais de vivre un moment présent. Tout comme à Pessah nous devons considérer que nous sortons réellement d'Egypte, de notre Egypte personnelle, nous serons demain, dans la situation de recevoir la parole divine. Comment nous y préparer? Comment retrouver leur force et leur élan?

Bien que libres de l'emprise de Pharaon, les Hébreux firent le choix de se soumettre au joug de leur Créateur. Ils avaient compris qu'un homme libre n'est pas celui qui ne fait que ce qu'il veut, mais plutôt celui qui accomplit ce qu'il doit. C'est la notion de mitsva, d'ordre, de commandement qui émerge alors. Et c'est ce que nous devons retrouver.

Nous acceptons souvent difficilement contraintes et obligations. Mais le judaïsme s'obstine à chanter les mérites de l'engagement, de la fidélité à l’Eternel. Lorsque nous avons déclamé collectivement "Naassé vénichma", nous accomplirons et nous comprendrons, c'était dans l'espoir que les générations suivantes réendosseraient cette affirmation année après année, jour après jour. Dans l'espoir que notre génération et nos enfants sachent trouver encore et toujours cette force de faire le choix de suivre la parole divine.

Notre fidélité à cette promesse est le cœur de la pérennité du peuple juif. Lorsque le peuple clame "Naassé", (Exode XIX, 8) le texte biblique ajoute un mot primordial, « Yahdav », ensemble, uni, dans un projet d'unité. Le peuple répond à l'Eternel, avant même de s'engager à pratiquer Ses commandements :  « Nous serons toujours unis ». Ceci est bien plus qu'une réponse, c’est un véritable projet toujours aussi urgent de nos jours.


« Ils avaient compris qu'un homme libre n'est pas celui qui fait  ce qu'il veut, mais plutôt celui qui accomplit ce qu'il doit.»

Quel plus beau symbole d'unité que d'avoir installé le Sepher Thora de l'Unité du judaïsme français en hommage au grand rabbin Sitruk zal en sa première communauté, celle de Villejuif qui fut la première de la si belle carrière du grand rabbin. L'unité, c'est se sentir concerné par ce qui se passe partout dans nos synagogues, dans nos communautés et dans nos villes. L'unité, c'est rêver ensemble, sans forcément être d'accord, mais vivre les uns avec les autres, et savoir que nous ne sommes jamais complet sans un autre.

Sans juger ce que font les uns ou les autres, ou ce qu'ils ne font pas, il faut accueillir, aimer, respecter celui qui veut, à sa façon, se rapprocher de D.ieu, même si ce n'est pas parfait, car là est le sens exact de l'unité: la complémentarité. Chacun compense les manques de l'autre et le peuple accomplit alors la Thora dans son intégralité, à condition d'être rassemblés. 

Contrairement aux deux autres fêtes de pèlerinage, Pessah et Soucot, la date de Chavouot n’est pas fixée dans la Thora. Il est juste dit "Le cinquantième jour du lendemain du Chabbat”, que les Maîtres du Talmud traduisent par le “lendemain de Pessah”.

Il y a une grande liberté pour chacun à pouvoir vivre son lien à la Thora comme il le construit. Cette liberté, que beaucoup utiliseraient pour s'affranchir de toutes les obligations, nous l'utilisons pour choisir de servir l'Eternel, aussi bien que possible, chacun avec nos convictions et nos engagements. Et si même la date de Chavouot n'est pas précise, c'est qu'il serait terrible de n'avoir qu'un seul Jour de la Thora alors que nous avons 365 jours dans l'année qui sont des Jours de la Thora. C'est ce qu'affirmait déjà le grand rabbin Sitruk lorsqu'il lançait le Yom Hathora, la journée de la Thora, comme un jour pour vivre la Thora 365 jours.

Bonne fête de Chavouot, puissiez-vous recevoir la Thora dans la joie.

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