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21 Octobre 2018 | 12, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

Rubrique Judaïsme

Parachat Bamidbar : Devant le Créateur

(flash90.)

A la différence des autres fêtes juives, Chavouoth ne se distingue par aucune mitzva. Cette singularité se retrouve aussi dans le temps puisque le texte de la Thora ne nous donne pas le jour précis de sa célébration. Enfin, le lieu de cette fête évoque aussi l’absence : la Thora fut donnée dans le désert ! Et c’est d’ailleurs ce lieu qui sera le nom de notre paracha, lue juste avant Chavouoth.

Comme nous l’expliquent plusieurs versets de la Thora, la fête de Chavouoth est l’aboutissement du compte du Omer qui débuta à Pessa’h. Il faut comprendre cette dépendance sur un plan spirituel : sortir d’Egypte signifie se débarrasser du carcan de la matérialité, aussi bien celle du monde que celle de notre intériorité. Et quand on arrive à Chavouoth, cinquante jours plus tard, ce travail accompli nous permet alors de recevoir la Thora avec profondeur. Libéré du poids de la matérialité, l’homme réalise alors qu’il n’est rien et que seul D.ieu est la véritable existence. C’est la raison pour laquelle, il n’existe aucune mitzva en ce jour : accomplir une mitzva c’est exister, c’est manifester son Moi. Or comment peut-on « être » quand l’Infini se révèle ? On raconte, à propos de Rabbi Schmelke de Nicklosbourg, qu’il partit étudier chez le Maguid de Mézeritch, le successeur du Baal Chem Tov à la tête du mouvement hassidique. Quand il revint, après plusieurs mois, son beau père, opposé à ce courant lui demanda ce qu’il avait appris là-bas. « Rien », lui répondit son gendre. Devant l’étonnement de son beau-père, il expliqua qu’il avait compris et intériorisé, l’idée qu’il était rien devant la toute-puissance du Créateur. 

Néanmoins ce constat soulève une question. Nous vivons dans un monde créé par D.ieu, dans un corps physique avec des besoins vitaux. En bref, le Juif n’est pas qu’une entité spirituelle qui doit annihiler son existence ! Comment dès lors, peut-on exiger de lui un retrait du monde ? C’est la parachath Bamidbar (dans le désert) qui nous répond. Le désert présente une particularité que l’on trouve chez peu d’éléments naturels : il existe sans exister ! D’un côté, il est une réalité concrète mais par ailleurs il n’est pas un territoire de vie. Personne n’y habite, son climat est hostile et la végétation y est absente. C’est cette dualité que l’on attend d’un Juif. Il doit être dans le monde et y vivre pour le changer mais sans qu’il n’y mette sa vie, sans qu’il n’en tire un profit personnel. On trouve aussi cette ambivalence dans l’eau, symbole de la Thora : elle existe, puisqu’elle peut désaltérer, elle peut laver ou soulager mais d’un autre côté, elle n’a pas d’entité réelle puisqu’elle n’a pas de couleur, d’odeur, de forme et de goût.

Etre ou ne pas être

On peut retrouver cette idée dans la notion de compte décrite dans cette paracha, puisque le texte rapporte le recensement du peuple effectué par Moché et Aarone. D’un côté, compter n’exprime en rien une quelconque grandeur. Un recensement met chaque individu sur le même plan, ce qui a pour effet de « dépersonnaliser », chaque élément de ce compte. Le riche, le pauvre, l’érudit perdent leur valeur particulière pour ne devenir que des éléments anonymes. Celui qui compte ne recherche aucune valeur : il comptabilise des particules identiques. D’un autre côté, on trouve de nombreux textes qui donnent une valeur à ce qui est compté. La Loi juive le confirme quand elle affirme que « ce qui est compté ne peut être annulé ». Allons plus loin. Un compte sans importance ne fera qu’associer des individus sans importance. Mais lorsque l’entité comptée possède une valeur intrinsèque, chacun de ses membres aura une place déterminante : si neuf Moché Rabbénou sont réunis pour prier, ils ne pourront être appelés « un Miniane », un compte permettant la prière en communauté. Il suffira d’un dixième Juif, même le plus simple qui soit, pour créer une entité nouvelle. Nous avons donc ici une chose et son contraire : le rien et la valeur. L’anonyme et l’existant. C’est là tout l’enjeu de la création. Chaque Juif doit se considérer comme très humble devant chaque homme tout en affirmant avec force sa volonté de changer le monde pour le Bien.

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