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15 Octobre 2018 | 6, Heshvan 5779 | Mise à jour le 11/10/2018 à 12h50

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Comment Trump veut faire plier l’Iran

Sortie de l’accord sur le nucléaire iranien, menaces contre Téhéran, soutien à Israël en Syrie : l’administration américaine durcit le ton pour contraindre le régime iranien à des concessions majeures. Pour Israël, cette nouvelle séquence offre autant d’opportunités que de risques.

Trump a-t-il un plan B ?

Dix jours après l’annonce du retrait américain de l’accord international sur le nucléaire iranien (JCPOA), signé en 2015, la réponse semble négative. Si la stratégie de Washington à l’égard de l’Iran demeure floue, une idée-force semble néanmoins l’innerver dans ses grandes lignes : obtenir « la paix par la force ». Faire plier l’Iran par une politique musclée de sanctions et d’endiguement. Et si Donald Trump réussissait finalement davantage que Barack Obama en 2015, prédécesseur autant que contre-modèle ?

Le chef d’Etat américain est persuadé, en négociateur aguerri, que le rapport de force lui est favorable et que son prédécesseur n’a pas obtenu les concessions sur les « sunset clauses » (les « clauses d’extinction » relatives à certaines restrictions du programme nucléaire iranien), le contrôle d’inspection et le programme balistique iranien que sa supériorité lui commandait d’exiger de son homologue, Hassan Rohani. 

Les faiblesses de l’économie iranienne renforcent la conviction américaine. La monnaie locale s’est effondrée avant de stabiliser ces derniers jours (autour de 65 000 rials pour un dollar), la fuite des capitaux est estimée à 30%, l’inflation à près de 10%, officiellement. Quant au chômage, il dépasse les 27% chez les jeunes (12,5% pour l’ensemble de la population active), un taux qui pourrait s’envoler d’ici quelques mois avec le retour des sanctions américaines. Autant d’ingrédients pour alimenter une grogne sociale déjà manifeste l’hiver dernier. La Maison Blanche en est sûr, Téhéran a un pied à terre. Et l’histoire du programme nucléaire iranien incite les faucons américains à aller plus loin : le Guide suprême Ali Khamenei n’avait-il pas suspendu une large partie de ses activités nucléaires à dimension militaire après l’invasion de l’Irak par George W. Bush en 2003 et les menaces contre le régime islamique ?

De là à imaginer que Washington caresse à nouveau le rêve d’un « regime change » à Téhéran… L’un des plus ardents partisans historiques de ce projet occupe en tout cas désormais le poste de Conseiller à la Sécurité nationale. Entré en fonctions il y a quelques semaines, John Bolton s’est rapidement imposé comme l’interlocuteur favori de Donald Trump, marginalisant selon le New York Times le Secrétaire à la Défense, Jim Mattis, favorable au maintien de l’accord sur le nucléaire.


Des menaces américaines contre les sociétés européennes ? 

Dimanche, ce même Bolton qualifiait de « possible » la mise en place de sanctions contre des sociétés européennes maintenant des contacts avec Téhéran. « La France         refuse le principe de sanctions extraterritoriales », réagissait le lendemain le Quai d’Orsay. Pour le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui recevait le 15 mai des responsables d’entreprises français engagés en Iran, l’urgence est de se doter « d’un outil indépendant qui permette aux entreprises de commercer librement là où l’Europe a décidé qu’il était nécessaire ou utile de faire du commerce. » Les banques centrales ou la Banque européenne d’investissement pourraient être sollicitées à cet effet.

Plusieurs champions industriels tricolores scrutent en effet avec inquiétude la fin de l’échéance fixée par M. Trump pour solder les engagements commerciaux avec Téhéran, de quatre-vingt-dix jours à six mois selon les secteurs. Total – et son projet d’exploitation de l’énorme gisement gazier de South Pars -, Renault (160 000 voitures vendues en Iran l’an dernier), Peugeot ou le groupe hôtelier Accord redoutent le pire, le seul motif d’espoir étant d’obtenir la préservation des « clauses grand-père » au profit des entreprises déjà installées sur le marché iranien. Pour Airbus, l’affaire s’annonce également largement compromise, la centaine d’avions vendus en 2016 pour 10 milliards de dollars – dont trois ont déjà été livrés – volant en partie grâce à des technologies américaines. Risquer la foudre américaine pour séduire Téhéran ? Impossible. 

Invoquant une atteinte à sa souveraineté, l’Union européenne pourrait néanmoins ressortir des cartons un règlement du Conseil européen, datant de novembre 1996, qui interdisait aux sociétés européennes de prendre en considération les exigences d’extraterritorialité de la justice américaine La diplomatie iranienne, dont le chef, Mohammad Javad Zarif s’est rendu à Bruxelles mardi, espère jouer sur ces divisions transatlantiques pour tenter d’isoler Washington. « Il existe maintenant un risque très réel que les Etats-Unis n’aient pas de partenaires qui se joindraient à eux pour faire pression sur les Iraniens de telle sorte qu’ils changent leurs comportements », s’inquiète l’ancien diplomate américain Dennis Ross. Déposer plainte contre Washington pour « violation » du JCPOA, devant une commission ad hoc, est sérieusement envisagé par la République islamique. 


Comment les Israéliens peuvent-ils se préparer à la suite ?

Devant ces lendemains incertains, où la pluralité des acteurs et des hypothèses compliquent l’équation, la position israélienne se doit d’être prudente, estiment Amos Yadlin et Assaf Orion, de l’Institut pour les études de la sécurité nationale, à Tel-Aviv. « Israël a jusque-là maintenu des politiques distinctes concernant le programme nucléaire de l’Iran d’une part, et la guerre par procuration et l’influence néfaste iranienne d’autre part. Désormais, il doit développer une politique intégrée sur le long terme et faire tout son possible en faveur d’efforts coordonnés et de coopérations significatives avec les Etats-Unis, les pays européens et de la région [la Russie, NDR] ». 

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