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23 Juin 2018 | 10, Tammuz 5778 | Mise à jour le 21/06/2018 à 11h38

Rubrique Régions

Toulouse : le procès Papon, 20 ans après

Edith Gorren et Genevieve, fille de Michel Slitinsky (DR)

Quand le procès Papon eut lieu à Bordeaux en 1998, nul n’imaginait qu’il remporterait nombre de records. Il est à l’heure actuelle le procès le plus long de l’histoire judiciaire. Il contient aussi la plaidoirie la plus longue, celle de Maître Varaut. C’est ce que rappelait Jean-Paul Jean, historien du droit et ancien président de la cour de cassation. Sa communication a pris place dans un colloque important à Bordeaux, sur le thème « le procès Papon, 20 ans après ».

Les 23 et 24 mai sous la direction de Philippe Souleau, de l’université  de Bordeaux, près d’une vingtaine de chercheurs et de juristes se sont réunis pour évoquer la singularité de ce procès, et la manière dont on peut en tirer divers bilans deux décennies plus tard. 


La parole des témoins


Le colloque a fait aussi entendre divers témoins dont Jean-Marie Matisson, l’un des quatre premiers plaignants dans l’affaire Papon. Celui-ci a évoqué la déception des parties civiles concernant la sentence trop clémente de 10 ans de réclusion, et surtout son incompréhension, aujourd’hui encore, pour la qualification du crime de Papon « complicité de crime contre l’humanité », dénomination jamais appliquée depuis dans les juridictions françaises et internationales.  M. Matisson a aussi rendu hommage à Maître Boulanger, son avocat, sans qui la procédure n’aurait jamais abouti. Parmi les témoins encore, Edith Gorren, qui passa les six mois de procès, et les deux jours de colloque, à croquer tous les personnages. Ses dessins font actuellement l’objet d’une exposition à Bordeaux. Elle révéla que certains dessins, trop critiques, ne sont pas dévoilés, en particulier ceux d’Arno Klarsfeld. Quant à Boris Cyrulnik, qui vécut en enfant caché, il reconnut que ce procès l’avait aidé à se construire car il avait permis à son entourage de prendre enfin conscience de la situation de l’enfant bordelais qu’il était et, ainsi, il avait enfin pu parler et être entendu. Évidemment, la figure tutélaire de Michel Slitinski planait dans la salle, surtout lorsque ses deux enfants prirent la parole.


Des intervenants divers


L’une des qualités du colloque réside aussi dans la diversité des communications. Aux historiens attendus, comme Laurent Joly ou JM Dreyfus, ont été associés des juristes, comme Olivier Leurent, président de l’Ecole Nationale de la Magistrature, lequel se livra à une très intéressante étude des similarités entre le cas Papon et les crimes contre l’humanité perpétrés au Rwanda en 1994. Autre moment précieux, lorsque P. Labrune évoqua son travail de réalisateur pour filmer le procès Papon, et ce en perspective avec les techniques utilisées lors du procès Eichmann.

Ainsi la composition du programme et la qualité des communications ont permis de mieux percevoir le rôle essentiel du procès Papon comme objet historique et comme objet chargé de leçons. C’est pourquoi nous attendrons avec impatience leur publication, prévue en 2019.

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