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21 Octobre 2018 | 12, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

Rubrique Culture/Télé

Daniel Sibony : « Il n’y a pas dans la Bible des appels à combattre les autres jusqu’à ce qu’ils deviennent juifs »

Daniel Sibony est écrivain et psychanalyste. Il a publié une quarantaine d’ouvrages dont récemment « Un amour radical, croyance et identité », chez Odile Jacob.

Actualité juive : Quel est « cet amour radical » que vous évoquez dans votre ouvrage ?

Daniel Sibony :  Ce livre analyse la dure contradiction que vivent beaucoup de musulmans, du moins en Europe, entre leur désir de vivre avec les autres et leur amour pour un Texte qui maudit ces autres. Il y a beaucoup de possibles à exploiter dans cette contradiction si on la creuse. Elle éclaire aussi un certain déni de cette violence dans les racines de l’islam ; ce déni est parfois inspiré par la pudeur et par un désir d’oubli, désir de mettre de côté ces données fondamentales, qui n’ont pas été problématiques pendant 13 siècles en terre d’islam mais qui le deviennent en Europe aujourd’hui quand on les y transporte. Cette notion de « radical » permet d’éviter les banalités sur le fanatisme et sur le caractère psychopathe de gens qui ne font que célébrer leur croyance séculaire, l’amour radical pour leur identité. En tout cas le livre montre qu’il y a autre chose à faire que de simplement dénoncer ou dénier, qu’il faut plutôt tenter de dénouer, et ce livre veut avancer dans le sens du « dénouement ». 


A.J.: Que répondez-vous à ceux qui font un parallèle entre le Coran et les textes sacrés des autres religions, en termes de violence ?

D. S. :  Il n’y a pas dans la Bible des appels à combattre les autres jusqu’à ce qu’ils deviennent juifs ; ni dans l’Évangile des appels à combattre les autres jusqu’à ce qu’ils soient chrétiens. Le problème n’est pas seulement qu’il y a de tels appels dans le Coran, des appels qui se transmettent et que certains peuvent vouloir mettre en actes lorsqu’ils se veulent proches des racines, le problème c’est que les non-musulmans sont pointés comme des kafirines, des gens qui « recouvrent » le message initial qu’ils ont reçu parce qu’ils ne veulent pas en tirer la conséquence logique qui doit les amener vers l’islam. 


A.J.: La laïcité française peut-elle constituer un frein  à la radicalisation religieuse ?

 D. S. : Si l’on admet le sens minimal de laïcité à savoir protection de l’espace public contre les ingérences religieuses, liberté pour chacun de pratiquer sa religion, interdiction de lancer des appels à la haine sous prétexte de religion, alors la laïcité peut protéger la liberté dans ce pays et peut rendre inutiles, à la longue, les doubles discours et les contorsions excessives. Le vrai problème c’est qu’il n’y a pas chez les responsables le courage nécessaire pour appliquer la loi ne serait-ce que d’interdire les discours de haine en langage religieux. Je montre que ce point est essentiel.

Bien sûr, cet interdit n’empêchera pas que des discours  antijuifs traditionnels soient transmis en famille ; mais cela aidera ceux qui refusent de les transmettre. Car beaucoup de musulmans en Europe ne veulent pas transmettre ce discours de haine, et si la loi peut les aider en étant ferme là-dessus, ce n’est pas rien.


Daniel Sibony, « Un amour radical - Croyance et identité », Odile Jacob, 180 pages, 19,90 euros

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