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21 Août 2018 | 10, Elul 5778 | Mise à jour le 27/07/2018 à 12h36

25 août - Chabbat Ki Tétsé : 20h31 - 21h38

Rubrique Culture/Télé

Christian Boltanski : « Je travaille la vie »

Le Musée d'Israël consacre une exposition à l'une des figures françaises majeures de l'art contemporain. Et l'un des artistes les plus identifiés à la mémoire de la Shoah, même si l'intéressé se dit d'abord universel.

L'exposition en forme de rétrospective qui a débuté le 1er juin, a été le coup d'envoi de la Saison France-Israël et l'occasion pour Christian Boltanski de se retrouver en terrain connu. C'est sa troisième exposition en trente ans au Musée d'Israël. L'artiste a bien voulu répondre aux questions d'Actualité Juive.


Actualité Juive : Vous êtes exposé dans le monde entier. Votre œuvre prend-elle une résonance particulière quand vous la présentez à Jérusalem ? 

Christian Boltanski : Je connais bien le Musée d'Israël et ce qui en fait la beauté. A l'entrée du musée, il y a ce magnifique tombeau, je voudrais que mon œuvre soit assez proche de cela. Nous avons travaillé deux ans pour mettre sur pied cette exposition à Jérusalem. Les œuvres présentées sont à chaque fois différentes, même quand elles ont déjà été présentées ailleurs. Nous les recréons, nous les adaptons. C'est comme une partition de musique que vous jouez, à chaque fois différemment. La musique est là, mais l'espace est une autre langue. J'essaie de faire une nouvelle œuvre avec le même objet. 


A.J.: Il y a un lien évident entre votre vie et votre œuvre. Diriez-vous que vous travaillez la mémoire ?

C.B. : Je travaille la vie. C'est elle ma matière. Il est vrai aussi qu'au début de la vie d'un artiste, il y a toujours un traumatisme. Dans mon cas, quand j'étais encore un bébé, en 1944, le traumatisme a été celui de mes parents face à la Shoah. A l'époque je ne pouvais pas comprendre ce que cela voulait dire, mais c'est là qu'est né ce qui est devenu et resté mon traumatisme. Ensuite, je pense qu'un artiste se doit d'être universel. Chacun doit se reconnaître dans mon œuvre. La beauté de l'art c'est de parler de son propre village mais que tous ceux qui regardent votre œuvre y voient leur propre village. Passer du personnel à l'universel, c'est ce que j'essaie de faire. Comme vous le savez, c'est celui qui regarde l'œuvre qui fait l'œuvre. Lorsque j'avais présenté ma première exposition au Japon, les Japonais m'ont dit que mon art était très japonais ! 



« L’art est mon pays »


A.J.: Que cherchez-vous à susciter chez le visiteur ?

C.B. : Je veux poser des questions et émouvoir les gens. La beauté de l'art c'est d'être direct. Tout mon travail est un questionnement, mais je n'ai pas les réponses. Je déteste les réponses. Je suis moitié juif d'Odessa, moitié chrétien de Corse. Si j'étais né en Ukraine au XIXe siècle, j'aurais été rabbin. Si j'étais né en Amazonie, je serais un chamane. Ils ont la même mission : poser des questions. Le problème c'est que parfois, ils n'ont pas les réponses. Enfin, les chamanes, pas les rabbins ! Mais quand on me demande quel est mon pays, je réponds : l'art. L'art est mon pays. Toucher des gens que vous ne connaissez pas, c'est ma famille humaine. 


Christian Boltanski - Lifetime.

Musée d'Israël, Jérusalem.

Jusqu'au 31 octobre 2018

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