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21 Octobre 2018 | 12, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

Rubrique Judaïsme

Parachat Chéla’h-Lekha : Le prélèvement de la ’Halla

(Flash90.)

C’est l’une des trois mitzvoth attribuées en particulier à la femme. La mitzva de la ’Halla tire son origine de notre paracha (1). Elle consiste à prélever une petite partie d’une pâte de farine et d’eau qui sera ensuite brûlée. Comme le dit le verset, « …cette pâte sera un prélèvement pour D.ieu ». Nous aurons ici deux questions. Quel est le sens de cette mitzva ? Mais pour mieux la omprendre, pourquoi est-elle liée, dans cette paracha avec l’interdit de l’idolâtrie ?

Il existe un principe talmudique selon lequel l’agencement des versets obéit à une signification très précise. Ainsi donc, si deux versets sont placés l’un à côté de l’autre, il faut y voir la preuve qu’une idée commune les rapproche, même si, de prime abord, rien ne semble les associer. C’est ce principe que nous essayerons de comprendre aujourd’hui, quand le dernier chapitre de notre paracha évoquera la ’Halla… aussitôt suivie de la faute de l’idolâtrie !


Un monde naturel


L’une des raisons de la mitzva du prélèvement de la pâte est la suivante : le pain symbolise la subsistance d’un individu. Pour l’obtenir, il a besoin de semer, labourer et récolter et tous ces travaux s’avèrent indispensables, d’une manière naturelle, pour un Juif comme pour un non Juif. Mais avec le temps et l’habitude, on peut commettre une erreur. Celle de penser que D.ieu n’a rien à voir avec tout ce processus. Au final, c’est l’homme qui a travaillé, qui a semé et qui a récolté, se conformant à un processus naturel ! Bien plus, on pourrait penser qu’au départ tout vient de D.ieu mais que par la suite, Il a instauré un monde naturel qui ne dépend plus, à présent que de la force des hommes. C’est pour éviter cette erreur, qu’avant de consommer le pain, la femme prélève une partie de la pâte. Pour se rappeler, selon les mots des versets que « c’est D.ieu qui donne la force de faire des merveilles » « et que c’est Sa bénédiction qui enrichit ». L’homme n’est que le moyen de D.ieu pour produire son pain.


Des forces intermédiaires


On peut comprendre, à présent, pourquoi le verset qui suit le commandement de la ’Halla évoque la dérive de l’idolâtrie. Quand cette faute s’installa dans le monde, elle consista à servir des divinités de métal et de bois, comme l’explique le Rambam (2). Mais l’humanité commença aussi à accorder de l’importance aux étoiles, aux astres et même aux forces de la nature, en considérant qu’ils avaient un certain pouvoir qu’ils distribuaient à la création, indépendamment de D.ieu. Plus finement, l’idolâtrie consiste aussi à penser qu’il existe des pouvoirs autres que ceux du Créateur qui possèdent une valeur intrinsèque comme la politique, l’argent ou la nature. La ’Halla vient alors nous prévenir : il n’existe rien en dehors de D.ieu. Nous devons dépasser le cadre formel du monde qui nous fait miroiter des milliers de forces puissantes et séduisantes et se rappeler que chaque millimètre de la création est entre les mains du Créateur. Cela rejoint d’ailleurs le sujet central de notre paracha au cours de laquelle, les explorateurs tombèrent dans le même piège, durant leur périple, qui devait les conduire à leur refus de prendre possession de la terre d’Israël. Ils virent des géants et une nature puissante qui leur donnèrent l’illusion que « le pays était plus fort que D.ieu » (3). C’est quand on commence à donner du pouvoir aux forces intermédiaires que la foi s’affaiblit. 


Notes

(1) Chapitre 15, verset 20

(2) Michné Thora, Lois de l’idolâtrie

(3) Selon les mots de Rachi qui cite le traité talmudique Sotta

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