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21 Août 2018 | 10, Elul 5778 | Mise à jour le 27/07/2018 à 12h36

25 août - Chabbat Ki Tétsé : 20h31 - 21h38

Rubrique Judaïsme

Parachat Balak : A la racine de l’antisémitisme

(Gustave Doré)

L’antisémitisme est une constante de notre histoire et cette récurrence a quelque chose d’étrange qui confine au divin. Il est vrai que les pogroms et les lois antijuives ont disparu mais il est toujours présent et parfois sous des formes plus insidieuses. Comme si D.ieu l’avait installé dans le monde pour toujours. Et le Talmud (1) le confirmera quand il écrira que depuis que la Thora fut donnée au Sinaï, la « sina » (la haine) des nations est descendue sur le monde.

Bilam est le personnage principal de notre paracha. Antisémite avéré qui ne cherche que le mal des enfants d’Israël. Et détail particulier, sa haine n’est motivée par aucune raison. C’est le mal pour le mal ! Cette tendance à la fois malsaine et gratuite incitera nos Maîtres à le rapprocher d’une autre haine anti-juive, en la personne d’Amalek, un peuple foncièrement haineux envers Israël, au point d’être capable de vouloir sa mort si même lui doit en mourir ! Cette proximité dans la haine nous fournit une règle essentielle pour comprendre notre histoire : l’antisémitisme n’a pas de fondements logiques. Nous sommes ici en présence d’une donnée fondamentale pour décrypter l’antisémitisme : intellectuellement, il n’est fondé sur rien. La haine du Juif est viscérale et dénuée de tout fondement rationnel. Bien évidemment, l’antisémite trouvera toujours une justification propre et légitime pour masquer son agressivité mais son argumentaire ne sera qu’un habillage poli et sérieux de sa malveillance. Cette identité commune entre Bilam et Amalek se retrouve dans les lettres hébraïques qui composent leurs noms respectifs puisque chacun des deux peut être lu horizontalement comme verticalement (voir le croquis). Ils sont comme unis dans leur haine.


Un peuple solitaire 

Ce constat nous amène à une conclusion qui bouleverse l’approche traditionnelle de l’antisémitisme. Si des lois ou des combats communautaires existent pour lutter contre l’antisémitisme, ils ne sont pas exclusifs. On pense généralement qu’il faut se focaliser sur eux. C’est une erreur et c’est Bilam, lui-même qui le dit : « …voici, c’est un peuple (Israël) qui vit solitaire… » (2), c’est-à-dire qu’il n’a pas les mêmes comportements et réactions que les autres peuples. Quand le peuple juif est frappé par l’antisémitisme, chacun doit faire un bilan personnel de sa vie juive pour comprendre pourquoi nos ennemis nous ont frappés. Chacun étant responsable de l’autre, nos devons chercher la brèche qui a fait que l’un d’entre nous a été frappé. 


Des piliers 

C’est pourquoi la réponse à l’antisémitisme de Bilam et Amalek se construit sur le même modèle que l’architecture de leur nom hébraïque. Quand, en effet, on prend les mots yra (crainte) et ahava (amour) et qu’on les dispose l’un au-dessus de l’autre (voir le croquis), on peut les lire horizontalement comme verticalement. Nous avons là un enseignement capital. La crainte de D.ieu comme l’amour de D.ieu sont les piliers de notre vie juive. En les renforçant, on crée une plus grande proximité avec le Créateur, une proximité qui sous entend une protection divine contre nos ennemis qui ne sont que le reflet de nos failles. 


Notes

(1) Traité Chabbath, p.89a. La ressemblance entre les mots Sinaï et Sina est uniquement phonétique

(2) Parachath Balak, chap. 23, verset 9

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