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25 Mars 2019 | 18, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Judaïsme

La foi face au traumatisme

(DR)

Les perspectives de la semaine par Franklin Rausky, universitaire.

Face à la violence guerrière, face à la persécution politique, religieuse, raciste, xénophobe, face à l’injustice érigée en norme suprême de la société, face au déferlement des pulsions mortifères, agressives, destructives extrêmes, face aux passions intraitables de détestation, de rejet, de soupçon, de refus, quelles sont les armes psychiques, morales, intellectuelles, affectives qui permettent aux hommes de résister au mal, de survivre à la menace de mort, de se reconstruire après un passé traumatique, douloureux, cruel ? Dans cette constellation d’émois, quel est le rôle de la foi en général, de la foi religieuse en particulier ? La foi, permet-elle de survivre au malheur ou est-elle tragiquement inutile, stérile, faible dans un univers livré aux forces de la destructivité ? La foi, nous aide-t-elle à vivre, à revivre, à agir dans le monde ou nous paralyse-t-elle, nous laissant sans ressources face aux épreuves ? 

Mon professeur de Talmud au Jewish Theological Seminary or America, à New York, le rabbin Frankus, était un rescapé d’Auschwitz. Il avait survécu à l’horreur des « années brunes », à l’enfer concentrationnaire. Certains d’entre nous lui ont demandé comment avait-il vécu ce temps de tourmente. Avait-il gardé sa foi en la Providence ou la mettait-il en cause ? 

Et Rav Frankus de nous répondre, dans la ligne de la célèbre citation talmudique sur Rabbi Akiba, dans le Talmud : « Je suis entré en paix et je suis sorti en paix ».


« Espoir et humanisme »

Nous étions admiratifs de cette foi intense, intransigeante, tenace, de la part d’un savant qui avait vécu dans un monde  de désespoir et de cruauté. Au lendemain de la guerre, le jeune rescapé, venu de Pologne, arriva à New York, commença à travailler comme vendeur dans un magasin de vêtements, tout en passant ses examens du bac. Plus tard, ce génie talmudique passa son doctorat à l’Université Hébraïque de Jérusalem et son diplôme rabbinique à New York. Le mal radical, absolu, n’avait pas réussi à le détruire moralement.

Tous les rescapés n’ont pas eu le rare privilège de garder une foi intacte. Certains sont sortis de la Seconde  guerre mondiale, spirituellement défaits, détruits, moralement vaincus, et ont sombré dans le scepticisme et le pessimisme sur la condition humaine. Ils ont fait leurs les paroles de Sigmund Freud sur « l’homme, loup de l’homme », destructeur implacable de ses congénères, mu par une irrésistible pulsion mortifère.

Boris Cyrulnik, spécialiste mondialement connu de la psychiatrie et de la psychopathologie, enfant survivant de la persécution nazie, devenu un clinicien remarquable des troubles et des drames de la conscience humaine, s’interroge sur le rôle de la foi comme levier pour la renaissance de la victime et du persécuté dans un monde envahi par la terreur et la haine. De là, le concept novateur, fécond et créatif de résilience où le grand savant met en lumière la force inattendue et imprévisible de l’homme face à la fatalité qui l’accable et l’écrase. Une interrogation d’une ardente actualité. Et une question se pose : la résilience, est-elle liée à la foi ? Cyrulnik, savant reconnu, thérapeute sensible, écrivain lucide, Juif engagé dans le devoir de mémoire, s’interroge, loin de tout dogmatisme croyant ou non-croyant, sur ce qu’il appelle « la psychothérapie de Dieu », la fonction reconstructrice de la  vie grâce au pouvoir de la foi. Une problématique d’une ardente actualité, sur une planète où la foi est, souvent, synonyme d’espoir et d’humanisme, mais aussi, hélas, paradigme d’une violence meurtrière au nom du ciel… 

Leçon de Boris Cyrulnik : « La foi face au traumatisme », Institut Universitaire Elie Wiesel, Paris, Mercredi 7 novembre 2018, à 19h30 Inscription : https://www.weezevent.com/lecon-2018

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