Default profile photo

25 Mars 2019 | 18, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Communauté

Raphy Marciano : L’école juive : les nouveaux défis ?

(DR)

Le billet de la semaine par Raphy Marciano Directeur Général de l’Alliance Israélite Universelle

Les Juifs n’ont pas rêvé que l’avenir de l’humanité soit fait de guerres ou d’agitation politique. Ils ont rêvé d’un monde meilleur grâce à l’éducation. Eduquer pour la Loi ou éduquer pour la vie ? Quelle éducation pour les futures générations juives ? L’école juive : refuge narcissique ou ouverture sur la cité ? L’école juive est-elle un outil de développement de la liberté ou un moule de conformisme ? Quelles sont les clefs pour son avenir ? A quoi éduque l’école juive aujourd’hui ? A la citoyenneté ? A la participation active et créatrice dans la vie de la cité ? Eveille-t-elle au goût et à l’amour de l’art, de la littérature, de la science ? Offre-t-elle un espace de réflexion et d’interrogations sur la pensée juive et sur l’histoire d’Israël ? Quel est le portrait que nous pouvons brosser aujourd’hui de nos institutions éducatives ? Des forteresses enfermées dans leurs certitudes ou avec des fenêtres pour contempler la pluralité du monde ? 

Aujourd’hui, l’école juive est confrontée à deux défis majeurs : comment préserver une identité juive dans une société mondialisée en proie à l’uniformisation de la culture, à la disparition des langues et des traditions ? Comment permettre aux nouvelles générations juives de s’ouvrir sur le monde ? Si les écoles juives s’enferment dans la seule défense de l’identité juive et renonce à éduquer les nouvelles générations dans la connaissance de l’altérité et de la pluralité du monde, alors elles auront manqué à un devoir impératif : former les Juifs de l’avenir, à la rencontre du Monde. En revanche, si elles encouragent l’ouverture à la pluralité, à la diversité de la culture, tout en oubliant le message spécifique de la tradition d’Israël, elle aura formé des citoyens efficaces et opérationnels mais certainement pas des Juifs conscients de leur rôle dans l’histoire future de notre peuple. Face à ceux qui dénoncent l’indigence de l’enseignement du Kodech dans nos écoles, quelles solutions proposent-ils pour remédier aux insuffisances des contenus ?  Toutes les écoles juives ont l’obligation morale de réfléchir à ces problématiques. Nous ne devons pas nous enfermer dans une logique purement comptable. Certes, le budget est une question cruciale, mais encore faut-il se demander à quels objectifs doivent servir les moyens mis en œuvre pour l’école juive.


« Nous ne devons pas nous enfermer dans une logique purement comptable.»

L’urgence serait de proposer à nos enfants une ouverture au monde qui nous entoure, une ouverture à la différence, à l’altérité, à la divergence, tout en demeurant fidèle au message des Prophètes d’Israël. Nous ne devons pas imaginer que nous affaiblissons notre foi ou nos convictions.  Connaître l’autre, c’est savoir pourquoi il est « autre ». Le Judaïsme ne considère pas l’altérité comme un fléau ou une malédiction, mais comme une source d’enrichissement. L’école juive a-t-elle pour mission de former des Juifs « consommateurs et usagers » de produits et de services dans l’indifférence au destin collectif ? Doit-elle être un tremplin pour former les futurs citoyens de la société moderne ? Comment échapper à la mission consumériste de l’éducation considérée comme un simple tremplin pour le succès et l’efficacité individuels ? Quelles missions se reconnaît l’école juive dans la formation des futures générations dans l’éveil des consciences morales et civiques des futurs citoyens ? 

L’école juive n’a pas à rougir de sa place et de son rôle, bien au contraire. Elle n’a pas à pâlir de son exemplarité, de sa richesse, de son professionnalisme, de son intégration dans la République française. L’école dans la perspective humaniste qui est la sienne est aussi idéalement le lieu de rencontre de tous les élèves, de milieux sociaux différents et d’appartenances religieuses également diverses, prompts à cohabiter dans le respect des valeurs républicaines et démocratiques, tout en préservant la frontière entre privé et public, et donc la non ostentation que demande le modèle laïc français. L’école juive ne doit pas être un espace de renfermement mental, une sorte de tour d’ivoire narcissique où l’élève n’est invité qu’à regarder toujours « dedans », jamais « dehors ». Une telle école serait une trahison de l’idéal éducatif, humaniste et éclairé de la France républicaine. Le danger existe toujours et partout et n’est pas limité à une école philosophique, à une école religieuse ou à un système d’enseignement. Car la tentation de l’enfermement et de la crispation nous guette tous. 

Powered by Edreams Factory