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14 Décembre 2018 | 6, Tevet 5779 | Mise à jour le 13/12/2018 à 11h38

15 décembre - Chabbat Vayigache : 16h35 - 17h49

Rubrique Culture/Télé

Eran Riklis : « Le Mossad est fondé sur l’esprit israélien »

À l’occasion de la sortie de son dernier film « Le dossie Mona Lina », le réalisateur israélien Eran Riklis nous a accordé un entretien instructif sur le Mossad. De la réalité à la fiction.

Actualité Juive : Pouvez-vous nous présenter « Le dossier Mona Lina » ?

Eran Riklis : Deux femmes, l’une Naomi agent du Mossad, l’autre Mona libanaise collaboratrice avec le service de renseignement de l’État d’Israël, sont cachées dans un appartement à Hambourg parce que la Libanaise a été démasquée par le Hezbollah. Le Mossad a dû l’évacuer du Liban rapidement. Une chirurgie esthétique faciale a été nécessaire afin qu’elle obtienne une nouvelle identité. L’histoire est aussi un thriller psychologique, compte tenu de la cohabitation de ces deux personnages, qui vont être confrontés à des épreuves violentes bien que les supérieurs de Mona l’aient rassurée, la cache n’est pas aussi sécurisée qu’annoncée. Donc, on a d’un côté la relation entre ses deux femmes, de l’autre la tension due aux terroristes bien informés qui vont tout faire pour la récupérer. On est ainsi immergé dans la situation que connaît l’Europe en ce moment. Où tout peut arriver d’une minute à l’autre.


A.J. : Pour préparer votre film, avez-vous pu avoir des renseignements sur la façon de travailler du Mossad ? 

E.R. : J’ai constaté deux réalités majeures. D’une part, c’est un service bien organisé et structuré, qui représente sans doute le meilleur des services d’espionnage au monde ; d’un autre côté, la chance joue un grand rôle même si ses agents sont très professionnels. En fait, le Mossad balance entre la confiance en soi - en Israël quelle que soit la situation on dit : « Tout ira bien ! » -, et l’improvisation permanente. Résultat : le chaos vit avec l’ordre. Et il faut savoir réagir. 


A.J.: Qu’est-ce qui vous fait dire que le Mossad est le meilleur service d’espionnage au monde ?

E.R. : Il est fondé sur l’esprit israélien, c’est ce qui donne sa réussite. Quand vous observez chez nous les start-up, l’armée, les sciences, vous découvrez des gens qui osent et n’ont pas peur de l’échec. Le moteur est dû à « Plus jamais la Shoah, never again ! ». Dans cet esprit, s’est créé Israël, un petit État, mais le plus fort du monde. On ne peut compter que sur nous-mêmes. C’est l’esprit du Mossad, petit organisme, pas comme la CIA qui possède des milliers de collaborateurs, petit mais intelligent, efficace comme un commando investi dans l’espionnage issu du désir de survivre à tout prix. Cette psychologie vient de l’intérieur des tripes comme un animal, comme une pulsion de vie. Ce que j’ai aussi appris du Mossad est que tout est possible. Pensée juive en fait ! Et bien sûr me concernant, pensée aussi très cinématographique.


« Je pense qu’un jour, bientôt, une femme sera à la tête du Mossad »


A.J.: Avez-vous rencontré des agents de cet organisme ? 

E.R. : Je n’ai pas rencontré ceux qui sont en mission actuellement, mais j’ai obtenu des rendez-vous avec des ex-agents devenus journalistes, écrivains, … Je n’ai pas eu de secrets révélés. Je n’en avais pas besoin. Je n’ai pas réalisé un documentaire, mais une fiction où se mêle l’intime et l’action. J’ai recueilli des informations générales comme comment organiser une planque, c’est-à-dire un endroit sécurisé, ou bien placer les gens pour surveiller les alentours ou être positionné de près pour protéger les intervenants pendant une action, ou pour évacuer un ou des individus. On apprend aussi beaucoup par l’Internet et par la littérature, et pas uniquement à travers John Le Carré. 


A.J.: On vous sent fasciné par ce service secret ?

E.R. : Je ne suis pas fasciné, mais réservé.  Je me tiens à distance de ce type d’informateurs, malgré l’organisation remarquable du Mossad. Chacun peut raconter ce qu’il veut, même moi. J’ai montré des gens normaux avec une place pour les erreurs, les mensonges, la manipulation. Pas des monstres, pas même le Hezbollah. Le spectateur retrouve le lien entre mes films : des gens comme vous et moi dans une situation exceptionnelle. J’essaie toujours de mettre en évidence l’aspect humain d’une personne. Ainsi, ici on voit la vie intime des espionnes, la Libanaise a agi par dépit amoureux, l’Israélienne, récemment veuve, essaie d’avoir un enfant grâce à la médecine.


A.J.: Pourquoi vos héroïnes sont-elles féminines ?

E.R. : D’abord parce que la plupart du temps, le cinéma met en avant les hommes. Alors que cette fois, nous sommes confrontés à des femmes certes fragiles, qui ne le serait pas dans une telle situation, mais fortes ! Ce ne sont pas des victimes, ni des naïves. Les femmes sont de plus en plus impliquées dans tous les domaines jusqu’à maintenant attribués à des hommes. Regardez notre armée. Elles peuvent être aujourd’hui pilote ou commando. Je pense qu’un jour, bientôt, une femme sera à la tête du Mossad. 

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