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26 Mars 2019 | 19, Adar II 5779 | Mise à jour le 25/03/2019 à 18h51

Rubrique Culture/Télé

On a lu « Une place à table » de Joshua Halberstam

Un jeune Hassid déchiré entre tradition et renoncement.

L’Amérique patauge dans la jungle vietnamienne, Philip Roth a publié « Portnoy et son complexe », beatniks et hippies hantent les cafés et, à Brooklyn, certains des habitants de Boro Park, nés en Europe, ont des chiffres bleus tatoués sur l’avant-bras. Dans ce quartier ultra-orthodoxe, un jeune Hassid descendant d’une lignée prestigieuse peine à assumer son héritage. Lorgnant sur les ouvrages profanes et les tentations extérieures, Elisha est au seuil d’une frontière dont on pressent qu’elle fut un jour franchie par l’auteur. Il s’agit, pour le jeune indiscipliné, d’écrire son histoire et de sortir, aussi indemne que possible, d’un douloureux arbitraire religieux. « Le seul choix possible, c’était de choisir » semble lui souffler  J. Halberstam, en émaillant son récit de contes hassidiques que le lecteur, entraîné dans ce monde « fantasque », découvre avec émerveillement. Recréant, dans les bras de la délicieuse Katrina, le cliché du « juif et de la shiksè », Elisha doit apprendre, sous l’ombre tutélaire de son oncle Shaya et du grand Kafka, à respecter la part de mystère. Sans doute est-ce ainsi qu’il comprendra que pour lui, où qu’il soit, il y aura toujours une place à table. Peut-être est-ce à cela, aussi, que Joshua Halberstam doit un premier roman d’une force émotionnelle si grande qu’elle donne au lecteur la chance, le temps d’une lecture, de vivre dans deux mondes à la fois. 


Joshua Halberstam, « Une place à table » l’Antilope, 382 p, 22,5 euros

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