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22 Octobre 2018 | 13, Heshvan 5779 | Mise à jour le 22/10/2018 à 11h56

Rubrique France/Politique

Ariel Goldmann : Comment être les dignes héritiers des Lanzmann, Veil, Wiesel et Pisar ?

(Alain Azria)

Le billet de la semaine par Ariel Goldmann, Président du FSJU / AUJF et de la Fondation du Judaïsme Français.

Il y a des pages qui ne se tourneront jamais, tant celles et ceux qui les ont écrites sont, dans notre mémoire collective, « immortels ». 

Je pense évidemment à Claude Lanzmann, à Simone Veil mais aussi à Elie Wiesel disparu en 2016 et à Samuel Pisar, un an plus tôt. 

La vie en fit des héros. 

C’est d’ailleurs plus exactement l’Histoire, qui les poussa à devenir ce qu’ils furent. 

Cette Histoire démesurée dans l’horreur et la barbarie prit définitivement et mondialement le nom de Shoah en 1985, après le choc provoqué par le film éponyme de Claude Lanzmann. « Vous avez fait exister ceux qui ne sont plus » déclara le Premier ministre Edouard Philippe lors la cérémonie organisée aux Invalides pour un dernier au revoir à celui qui, selon le mot de Didier Sicard, ancien président du comité consultatif national d’éthique fut un « passeur du temps futur ». J’ajouterai pour ce qui concerne Claude Lanzmann un amour et une défense inconditionnels d’Israël et de ses institutions. 

Serons-nous capables, nous qui les avons côtoyés, admirés, aimés ; serons-nous capables de relever le défi de la Mémoire, de ce « temps futur », sans eux ? 

Si je me pose cette question, ce n’est pas parce que jusqu’ici nous sommes restés inactifs en la matière. Non, beaucoup a été fait et continue de l’être au quotidien, mais le contexte est parfois saumâtre et c’est avec effroi que nous avons découvert certains commentaires sur les réseaux sociaux autour des hommages nationaux rendus par la France à Simone Veil et Claude Lanzmann.  

Mon inquiétude vient de là, de cet antisémitisme nauséabond qui demeure, ici et là. Regardons l’Europe, des élections nous attendent dans quelques mois...



« Le pari de la mémoire va devenir de plus en plus difficile à tenir avec le départ des rescapés.»

L’Allemagne d’Angela Merkel qui a vu l’entrée au Bundestag de la droite nationaliste - une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ; l’Autriche qui s’est dotée d’un chancelier issu d’un parti d’extrême droite. L’Italie a choisi, un gouvernement d’alliance entre un mouvement « antisystème » et un parti d’extrême droite. 

Que dire de la Hongrie d’Orban ? 

Et que dire de la Pologne, qui a voulu condamner à une peine de trois ans de prison toutes les personnes coupables à ses yeux « d’attribuer à la nation ou à l’Etat polonais, de façon publique et en dépit des faits, la responsabilité ou la coresponsabilité des crimes nazis commis par le IIIe Reich allemand (…) » ?

Crise migratoire, difficultés économiques, chômage, impôts, grogne sociale sont les ingrédients d’une recette trop connue dont se régalent les populismes. Ne nous mentons pas : nous y sommes. 

En cette période de commémorations de la rafle du Vel d’Hiv, une question me taraude : comment être les dignes héritiers des Lanzmann, Veil, Wiesel et Pisar ?  

Même si je veux voir dans la « panthéonisation » de Simone et Antoine Veil un signe fort : la preuve que les plus hautes autorités de l’Etat continuent à être à nos côtés les gardiens de la mémoire, il ne faut pas se leurrer, la situation est grave. 

Le pari de la mémoire va devenir de plus en plus difficile à tenir avec le départ des rescapés, nos Grands témoins, mais je veux croire que nous réussirons, que nous pourrons être les dignes passeurs du 21ème siècle. 

Et je me récite cette phrase : « Notre déclaration se présente comme la plus vigoureuse, la plus nécessaire des protestations de l'Humanité contre les atrocités et les oppressions dont tant de millions d'êtres humains ont été victimes à travers les siècles, et plus particulièrement, pendant et entre les deux guerres »  

Elle est de René Cassin, Prix Nobel de la paix, résistant, « israélite français », lui aussi entré au Panthéon, qui participa aux côtés d'Eléonor Roosevelt à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

C’était hier, c’est aujourd’hui… il y a tout juste 70 ans. 

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