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19 Juillet 2018 | 7, Av 5778 | Mise à jour le 18/07/2018 à 18h05

21 Juillet - Chabat Dévarim - Chabbat 'Hazon : 21h26 - 22h44

Rubrique Judaïsme

Parachat Pinhas : Un quotidien enflammé

Crédit : GUSTAVE HENRY DAVENPORT NORTHROP’S - TREASURE OF THE BIBLE - 1894

Peut-on associer l’ordinaire et l’extraordinaire au sein de l’existence ? Dans un monde qui cherche constamment l’effet de sensation et qui court, sans cesse, après la nouveauté, l’ordinaire n’a plus sa place ou tout au moins n’a plus les faveurs de la société. Les slogans comme les logos, comme les relations humaines ou les modes, rien n’échappe à cette frénésie du changement, au risque de paraître vieux jeu. Pourtant la Thora, soucieuse de conciliation, nous dira que les deux voies sont conciliables… pour la santé psychologique de l’individu.

Notre paracha associe deux situations complètement opposées. En son début, elle rappelle l’histoire de Pin’has qui, à la fin de la paracha, va accomplir un geste pour lequel, il dut littéralement sortir de lui, un acte d’un courage extraordinaire dont les conséquences furent doubles : l’épidémie naissante au sein du peuple s’arrêta et il devint Cohen. Puis en plein milieu de cette paracha, elle nous enseigne l’obligation du Tamid (1), un sacrifice d’un agneau qui sera offert matin et soir dans le Temple, chaque jour avec la même régularité, quasi mécanique, sans changement d’un jour à l’autre, d’un mois à un autre, et cela durant presque 830 ans (2) ! Nous avons ici deux tendances : la fougue et l’enthousiasme face à la régularité et la répétition.


A l’exemple de la prière


Si ces deux extrêmes sont présents au sein d’un même texte c’est parce qu’ils évoquent une dualité qu’un homme doit réunir en lui. D’un côté, chacun doit s’attacher à des certitudes inamovibles et solides qui vont construire et protéger sa personnalité, comme le sacrifice de l’agneau offert deux fois par jour, un repère incontournable de la vie du Temple. Mais dans le même temps, il doit introduire de l’enthousiasme dans cette régularité qui lui donnera une vitalité. A l’exemple de Pin’has qui, par amour pour D.ieu, fit preuve d’une vaillance spirituelle au-delà du carcan humain de sa personne. Dans son Temple intérieur, un Juif doit agir sur ce modèle en fortifiant des convictions auxquelles il restera attaché avec force, tout en introduisant un feu divin dans ces convictions car l’un ne va pas sans l’autre. Comme on peut le constater pour la prière : quand des mots sont prononcés mécaniquement chaque jour sans le feu de l’étude, il est certain que les mots seront dits mais qu’en sera-t-il de la ferveur ? D’un autre côté, un enthousiasme impétueux pour D.ieu, sans un cadre solide, peut donner naissance à des débordements dangereux pour l’équilibre personnel.


Un feu vers le Ciel


Il est intéressant de noter que notre Tradition est construite sur le même modèle. Schématiquement, elle se divise en deux expressions. Il y a d’une part la Loi écrite dont le fondement est la Thora que l’on ne peut modifier d’une lettre. C’est la garantie de l’origine divine des cinq livres qui la compose. Mais d’un autre côté, existe la Loi orale qui s’enrichit de siècle en siècle, au gré des décisions de nos Maîtres. Comme le sacrifice quotidien du Tamid qui ne change jamais, étroitement associé à la fougue spirituelle de Pin’has qui, à l’instar du feu, bouge constamment souhaitant s’élever vers le Haut. 


Notes

(1) Début du chap. 28.Le mot hébreu Tamid signifie « toujours ». 

(2) Le premier Temple exista durant 410 ans et le second durant 420 ans.

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