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25 Septembre 2018 | 16, Tishri 5779 | Mise à jour le 21/09/2018 à 13h05

Rubrique Judaïsme

Rabbin Mikaël Journo : De l'éloge de la Patience

(DR)

Le Commentaire de la Semaine par le Rabbin Mikaël Journo, Rabbin de la Communauté de Chasseloup-Laubat Aumônier général des hôpitaux de France.

Notre société semble ne plus nous laisser prendre le  temps de réfléchir, de penser ou de prendre du recul. On nous pousse à agir dans l’immédiateté pour être plus performant et plus efficace. Le présent envahit de plus en plus l’espace du temps pour récuser le passé et se moquer de l’avenir. Chacun court après le présent, le monde de l’entreprise en oublie sa pérennité et son futur et l’exigence de l'urgence devient de plus en plus mortifère. La patience dans bien des cas donne à ceux qui sont capables de la mettre en œuvre, une maitrise de soi qui s'accompagne d’une espérance en l’avenir. Elle mettra en œuvre ce qui est conforme à la réalisation de son espérance en respectant l'éthique. Celui qui ne se satisfait que de son présent s’enracine dans l’immobilisme sans se préoccuper de la détresse du monde. Il n’a de projet que pour lui-même et s‘illusionne sur un monde où chacun ne vit que de reflets et d’apparences. La patience peut être aussi une stratégie qui permet aux situations les plus opaques ou confuses d’être éclairées et muries par le temps. Les conflits, les tensions, peuvent avec une gestion opportune du temps pacifier les relations humaines. Dans ces perspectives la patience peut être appréhendée comme une vertu. Mais que faire quand la patience se transforme en résignation et acceptation d’une dépendance vis-à-vis de certains qui en abusent et placent ceux qu’ils contrôlent dans un état d’oppression ? Dans ce cas-là, la patience se transforme en fausse espérance qui n'est qu'un leurre. Dans le Judaïsme on trouve des évènements où nos ancêtres se trouvent confrontés à la question de l’attente, de l’esperance qui tarde à venir. Prenons l’exemple d’Abraham à qui D.ieu promet une terre et une descendance, sa patience est illimitée car il place sa confiance en D.ieu. Autre exemple, Jacob qui, amoureux de Rachel ne se résigne pas pour la conquérir ; il accepte les conditions que Laban son beau-père lui impose avec ruse. Il travaillera sept années supplémentaires pour enfin se marier avec la femme qu’il aime, Rachel. Il est prêt par amour à supporter des sacrifices pour atteindre son idéal. La Torah dans le livre de l’Exode 32 ,1 nous relate l’épisode du veau d’or. Selon nos maîtres sa réalisation était en grande partie due au fait que le peuple se désespère du retour de Moise qui devait revenir après quarante jours. Le Talmud Chabbat (89 A) décompose le mot « bochéche » qui signifie tardé en deux « bo » « chéche, je (re)viendrai à 6 heures ». Avant de monter sur la montagne, Moise dit aux enfants d’Israël « je reviendrai dans quarante jours (pleins : jours et nuits) dans les six heures ». Ils pensèrent à tort que le jour où il montait, comptait dans le décompte des quarante jours. L’impatience serait donc à l’origine de l’adoration du veau d’or. L’exil du peuple juif et son cortège de larmes et de sang, a mis en exergue cette attente interminable du retour des exilés vers leur mère patrie qui se résume avec cette formule o combien célèbre et ancré dans la conscience juive : « L’an prochain à Jérusalem». Il ne semble pas du tout anodin que la résurrection de l'Etat juif en terre d’Israël a choisi de nommer son hymne nationale la Tikva, l’espérance ! Aujourd’hui comme hier le peuple juif attend le Messie « même s’il tarde à venir, attends-le », nous exhorte Maimonide. Il n’existe pas d’exil sans attente mais encore faut-il que cette attente s’inscrive dans une satisfaction de ce qui est espéré par des signes qui évitent le renoncement.

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