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21 Août 2018 | 10, Elul 5778 | Mise à jour le 27/07/2018 à 12h36

25 août - Chabbat Ki Tétsé : 20h31 - 21h38

Rubrique Judaïsme

Parachat Vaeth’hanane : Une définition de D.ieu ?

Credit : PHOTO MEÏR DAHAN

Il n’existe rien en dehors de Lui (D.ieu). Cette affirmation qui constitue l’un des piliers spirituels de notre Tradition fut enseignée par Moché dans notre paracha (1). Elle proclame l’existence suprême du Créateur, Son unité et Sa toute- puissance. Mais peut-on parler d’existence à l’égard de D.ieu ? La réponse est non et cela pour deux raisons : tout d’abord parce que tous les mots ou les concepts, aussi grands soient-ils, ne pourront jamais rendre compte de la réalité véritable de Son identité, tant notre approche est insignifiante pour Le comprendre. Mais aussi et surtout parce que notre perception de la mitzva de croire en D.ieu souffre de plusieurs failles.

L’une des difficultés de la mitzva de croire en D.ieu réside dans notre incapacité à sortir du cadre humain pour appréhender D.ieu. Toutes nos définitions des qualités divines comme Sa bonté, Sa sagesse ou Son caractère infini sont des perceptions humaines, donc limitées par rapport à Celui qui est l’Infini. Ainsi, affirmer que D.ieu est « la sagesse suprême », c’est limiter D.ieu parce que D.ieu est au-dessus de la sagesse, affirme le Maharal de Prague (2). En fait, toutes nos tentatives d’introduire D.ieu dans le cadre exigu d’une définition humaine ne sont qu’un « faute de mieux », l’homme ne pouvant imaginer ce qui le dépasse.


La perfection

La même problématique existe pour le concept d’existence de D.ieu. Bien souvent, lorsque des individus évoquent D.ieu, ils Le placent sur un registre humain : je crois en Son existence ou je ne crois pas qu’Il existe. Pour le Rambam (3) qui classifie les 613 mitzvoth, la mitzva de croire en D.ieu n’est pas du tout un problème de Présence : Il existe ou Il n’existe pas ! Et pour une raison très simple. Si je suis convaincu, en tant que Juif, que D.ieu existe, quel intérêt y a-t-il de me donner un ordre de croire en Lui ? C’est Abravanel (4), l’un des plus grands Maîtres du judaïsme espagnol, qui nous explique les mots du Rambam. Quand le Rambam nous impose de croire en D.ieu, il veut signifier par cette croyance que nous avons l’obligation de croire que D.ieu est l’incarnation de la perfection. Et comment s’exprime cette perfection ? Par le fait, poursuit Abravanel, que D.ieu est une existence incontournable et nécessaire, en hébreu « mé’houyav hamétsiouth ». Le monde et toutes les créatures sont des existences contingentes et passagères qui n’ont aucune nécessité absolue d’exister. Ainsi, une plante, un animal ou un être humain peuvent vivre aujourd’hui et disparaître demain. La création n’en sera nullement affectée. 


La question d’un enfant

D.ieu n’existe pas sur ce mode relatif. Il était existant avant que le monde ne soit créé et Il sera existant après la disparition du monde. On peut le comprendre simplement : tout ce qui appartient à notre monde n’a aucune valeur absolue : le temps, l’espace ou la logique sont des paramètres créées. Avant que D.ieu ne crée le monde, ces paramètres n’existaient pas. Même le vide n’existait pas ! Or toute existence est dépendante du temps et de l’espace. On comprend alors que l’existence de D.ieu qui n’est pas soumise à ces règles ne peut être comparée à la notion d’existence classique telle qu’on la connaît dans notre monde. Cette idée rappelle la fameuse question posée par les enfants : qui a créé D.ieu ? La question est légitime dans notre monde, animé par les paramètres du temps et de l’espace. Mais au-delà de notre monde, où n’existent ni le temps  ni l’espace, D.ieu est au-delà de toute règle comme l’est Son « existence »… 


Notes

(1) Parachath Vaeth’hanane, chap. 4, verset 35

(2) C’est l’un des plus grands Maîtres du judaïsme des Temps modernes (1525-1609)

(3) Plus connu sous le nom de Maimonide. Il est le seul à avoir codifié toutes les lois du judaïsme (1135-1204)

(4) Commentateur de la Thora.   Il fut le ministre des Finances du roi Ferdinand d’Espagne et fit tout son possible pour révoquer le décret d’Inquisition mais en vain. Au final, il quitta l’Espagne, lors de l’expulsion de 1492.

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