Default profile photo

19 Juillet 2018 | 7, Av 5778 | Mise à jour le 18/07/2018 à 18h05

21 Juillet - Chabat Dévarim - Chabbat 'Hazon : 21h26 - 22h44

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Le Bazar contre les ayatollahs

Les galeries du Bazar de Téhéran (DR)

La colère gronde en Iran, alors que la crise économique est le seul résultat concret des ambitions nucléaires et hégémoniques du régime. Jérusalem et Washington ne seraient pas contre un soulèvement populaire. Mais d'ici là, c'est la prudence qui doit primer.

Les forces iraniennes ont-elles tiré sur la foule à Khorramchahr ? Téhéran continue à démentir les informations sur la mort de quatre manifestants dans la ville du sud de l'Iran, qui protestaient contre la pénurie d'eau qui menace la population d'une crise sanitaire majeure. La monnaie nationale est au plus bas, les sociétés étrangères, redoutant les effets de nouvelles sanctions américaines, sont de plus en plus nombreuses à quitter le pays. Et l'exaspération publique se fait de plus en plus sonore. « Sortez de Syrie ! », « Ni Gaza, ni Liban, je donne ma vie pour l'Iran » et même « Mort à la Palestine ! » sont quelques-uns des slogans entendus dans les galeries du Bazar de Téhéran.  

Même si la mobilisation reste limitée, la protestation contre la politique du régime qui entraîne le pays à la catastrophe économique, est scrutée avec attention dans le monde entier. La réponse des dirigeants iraniens qui accusent les Etats-Unis et Israël d'être les instigateurs du mouvement est à cet égard significative. Ils ont de plus en plus de mal à justifier le choix de leur politique extérieure agressive, largement alimentée par l'afflux de devises généré par l'accord international de 2015 sur le contrôle du programme nucléaire, alors que la population n'en a pas vu les bénéfices. A fortiori, le retrait américain de l'accord, assorti de nouvelles menaces économiques, rendent de plus en plus difficiles à légitimer les milliards investis dans les guerres en Syrie, au Yémen et dans les organisations terroristes. 

En Israël, si l'on n'appelle pas ouvertement à un renversement du régime, le message peut se lire entre les lignes. « Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à comprendre que le régime des ayatollahs gaspille des ressources précieuses dans la subversion militaire étrangère au lieu de les investir dans les besoins de sa population », constatait cette semaine le Premier ministre israélien, qui se félicitait de la décision du président Trump de quitter l'accord de 2015, qui a créé « un revirement stratégique pour la situation d'Israël ». 


Stratégie hégémonique


Pour Binyamin Netanyahou, la mesure a fait mentir les experts internationaux qui prédisaient que les Iraniens allaient faire bloc autour de leurs leaders. « Les Iraniens sentent dans leur porte-monnaie les effets du fanatisme fondamentaliste de leurs dirigeants ». Même s'il reconnaît qu'il est encore trop tôt pour dire comment les choses vont tourner, il est clair que « le tiroir-caisse de l'agression iranienne est en ruines ». Et sur les réseaux sociaux, les dirigeants israéliens se régalent de messages adressés directement aux citoyens iraniens. Binyamin Netanyahou leur dispense des conseils technologiques pour lutter contre le manque d'eau, tandis qu'Avigdor Lieberman les encourage à demander des comptes aux ayatollahs sur l'usage de leurs deniers.

Pourtant, il ne faudrait pas se réjouir trop vite. L'Iran ne renoncera pas si facilement à sa stratégie hégémonique régionale et en particulier à la position stratégique qu'il est en train d'établir en Syrie. C'est lorsqu'ils sont menacés que les dirigeants iraniens peuvent se révéler les plus dangereux. Ce n'est pas un hasard si Israël a entrepris de renforcer les défenses de ses deux sites nucléaires civils de Dimona et de Sorek contre de possibles tirs de missiles du Hezbollah ou de l'Iran. 

Powered by Edreams Factory