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21 Octobre 2018 | 12, Heshvan 5779 | Mise à jour le 17/10/2018 à 18h03

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Boris Lozhkin : « Je veux porter la voix des juifs d’Ukraine au Congrès Juif Mondial »

(DR)

Ancien directeur de l’administration présidentielle d’Ukraine de 2014 à 2016, l’homme d’affaires Boris Lozhkin vient d’être élu président de la Confédération juive d’Ukraine, devenant dans ce cadre l’un des vice-présidents du Congrès Juif Mondial. Il se confie sur ses ambitions pour les deux organisations.

Actualite Juive: Après le monde des affaires et de la politique, pourquoi avoir brigué la présidence de la Confédération juive d’Ukraine ?

Boris Lozhkin : Pour servir ma communauté. J’ai toujours été impliqué dans la vie de la communauté juive en Ukraine et avec la présidence de la Confédération, j’entre dans la troisième période de ma vie. Dans la première, j’ai été entrepreneur dans les médias. Dans la seconde, j’ai servi mon pays. J’ai dirigé l’administration présidentielle pendant deux ans. Deux années passionnantes. J’ai souhaité en 2016 me concentrer sur des activités philanthropiques. J’ai eu la chance de réussir et de beaucoup recevoir dans la vie. C’est le moment de rendre ce que j’ai reçu. 


A.J.: La Confédération fédère les principales organisations juives d’Ukraine. Quels objectifs vous êtes-vous fixés à sa tête ? 

B.L. : La Confédération est une organisation apolitique et caritative avec un Conseil d’administration surtout composé d’hommes d’affaires qui ont à cœur de développer la vie juive en Ukraine et de rassembler les différentes communautés juives. Mon premier objectif est de lutter contre l’antisémitisme. La hausse  de l’antisémitisme en Europe est un phénomène inquiétant qu’il nous appartient de bien comprendre pour agir de manière efficace. Je ne pense pas qu’il y ait de formule magique ou de solution unique pour lutter contre ce fléau. C’est une bataille qui mérite des engagements concrets et pour ma part, je me refuserai d’être dans l’abstraction. Ma seconde priorité est la transmission de la mémoire de la Shoah. Je voudrais faire construire un Mémorial à Babi Yar, le théâtre du massacre sanglant de 1941. Nous devons absolument avoir un lieu de recueillement. J’étais à Yad Vashem il y a quelques semaines et j’ai été marqué par le nombre de prêtres ukrainiens qui ont sauvés des Juifs pendant la guerre. Il y en a eu deux mille. Il me semble important d’honorer la mémoire de ces Justes. Mon troisième objectif est le soutien à l’Etat d’Israël. Israël est fort grâce au soutien des communautés juives dans le monde, et inversement. J’attache enfin une importance particulière à la lutte contre la précarité et au développement de la culture et de l’éducation. Je suis convaincu que la haine se nourrit de la peur qui elle-même se nourrit de l’ignorance. Je veux encourager tout ce qui favorisera le rapprochement des communautés juives et non-juives. 


A.J.: Maintenant président de la Confédération, vous assumerez la vice-présidence du Congrès Juif Mondial. Comment comptez-vous y porter la voix des juifs ukrainiens ? 

B.L. : Le Congrès Juif Mondial est une organisation extrêmement importante qui nous permet d’assurer une bonne coordination entre les communautés juives du monde. Les communautés juives sont toutes interconnectées. Ce qui se passe en France, en Pologne ou ailleurs a une incidence sur la communauté juive d’Ukraine et les autres. Les réponses doivent donc être coordonnées et le Congrès Juif Mondial est précisément cet endroit d’échange d’expériences et de bonnes pratiques. La communauté juive d’Ukraine est la troisième plus importante en Europe, après la France et la Russie. C’est une voix importante que je voudrais porter au sein du Congrès. Au début du XXe siècle, la population juive représentait un tiers de la population du pays. Aujourd’hui elle est dix fois moins importante qu’avant la Seconde guerre mondiale. Elle représente moins d’un pour cent de la population mais elle reste très influente dans les domaines culturel, économique et politique.


« Israël est fort grâce au soutien des communautés juives dans le monde »

A.J.: Vous faites de la lutte contre l’antisémitisme votre première priorité. Qu’en est-il précisément en Ukraine ? 

B.L. : Nous sommes face à une situation très complexe qui ne peut pas souffrir de simplifications erronées. Nous vivons actuellement trois phénomènes simultanés : il y a un antisémitisme traditionnel dans la société ukrainienne qui a toujours existé comme dans tous les pays en Europe. Cet antisémitisme traditionnel et de longue durée est amplifié par la hausse récente de l’antisémitisme en Europe. Mais dans le même temps, c’est le troisième phénomène, il se passe quelque chose d’intéressant dans la société ukrainienne actuellement vis-à-vis des Juifs et d’Israël. Depuis l’invasion russe, beaucoup d’Ukrainiens  regardent Israël de manière positive pour essayer de comprendre comment un pays peut survivre et se développer en vivant étant entouré d’ennemis. Ce changement de perception est extrêmement important. En résumé, je ne peux pas dire qu’il n’y a pas d’antisémitisme en Ukraine, mais je ne peux pas dire non plus que l’Ukraine est un pays antisémite. Le nombre d’actes antisémites est stable. Nous les suivons en coordination étroite avec le gouvernement qui est engagé dans cette lutte avec fermeté. Nous savons qu’il faut être ferme et très sévère. Nous avons déjà traduit en justice des auteurs d’actes antisémites et nous continuerons de le faire.

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