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15 Octobre 2018 | 6, Heshvan 5779 | Mise à jour le 11/10/2018 à 12h50

Rubrique Moyen-Orient/Monde

L’Action polonaise

Exposition à la Fondation de la Nouvelle Synagogue de Berlin (CONTUUM JUDAICUM)

Les recherches d’une historienne allemande sur un épisode méconnu de la Shoah permettent à une Israélienne de faire le deuil de sa famille exterminée par les nazis.

N’en déplaise à l’actuelle sensibilité du gouvernement de Varsovie, ce sont bien les nazis qui avaient baptisé « Action polonaise » leur entreprise de déportation vers la Pologne des Juifs polonais résidents allemands dès l’automne 1938, prélude à l’extermination systématique des Juifs de Pologne et d’Europe. Le parlement polonais venait de voter une loi de déchéance de citoyenneté pour tous les Polonais ne séjournant plus dans le pays depuis au moins cinq ans. Le texte devait entrer en vigueur le 30 octobre 1938. Les 28 et 29 octobre, le Reich lance l’opération d’expulsion de Berlin de 17 000 Juifs polonais, dont beaucoup sont nés en Allemagne. Raflés, chargés comme du bétail ou même contraints de marcher, hommes, femmes et enfants se retrouvent dans le no man’s land qui sépare les deux pays. L’Allemagne les déporte vers la Pologne qui n’en veut pas. C’est sur cet épisode que le Dr. Alina Bothe, de l’Université Libre de Berlin a fait des recherches qu’elle présente dans une exposition qui vient d’ouvrir à la Fondation de la Nouvelle Synagogue de Berlin - Centrum Judaicum.
Trop longtemps, il y a eu ce trou noir dans la mémoire de Suzy Sprecher : celui dans lequel 46 membres de sa famille paternelle avaient été engloutis. Son père, qui avait fui vers la Belgique quelques mois plus tôt, dans l’espoir de faire passer sa famille en Amérique, n’en avait jamais parlé.  « Et voilà qu’il y a un peu plus d’un an, je reçois ce mail signé de deux étudiantes de Berlin. Je ne comprenais pas ce qu’elles me voulaient. Elles travaillaient sur « l’Action polonaise » et avaient trouvé dans les archives  du Service international de recherches des courriers écrits par ma grand-mère, Jenny Goldberger depuis le ghetto de Zbaszyn. Elles ont voulu savoir s’il y avait des descendants. Elles ont réussi à me localiser », explique Suzy, qui vit à Jérusalem, où se sont établis ses enfants et où sont nés ses petits-enfants.
C’est ainsi qu’elle découvre que son père, après la guerre, avait fait une demande d’indemnisation à  l’Allemagne pour les biens spoliés à ses parents et ses frères, propriétaires d’une entreprise de confection à Berlin. Il avait fourni les lettres originales qui racontaient le calvaire de la famille et son histoire berlinoise. « J’ai aussi vu pour la première fois des photos de mes oncles », raconte Suzy, la gorge serrée. Pour Alina Bothe, la boucle est bouclée. « En tant qu’historienne et en tant qu’Allemande, je ne fais pas seulement un travail académique. J’ai aussi un devoir de mémoire ». Il reste à Suzy ce qu’elle ne retrouvera jamais, mais elle reconnaît que « chaque lambeau d’archive est un don du ciel ».

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