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16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 15/10/2018 à 18h16

Rubrique France/Politique

Macron contraint à l’ « humilité » face aux désordres du monde

(flash90.)

Le Président a exposé lundi sa vision du monde face aux ambassadeurs français, un panorama marqué par l’ « isolationnisme » américain.

C’est un premier bilan de son action diplomatique animé par le volontarisme mais aussi une forme d’ « humilité » qu’a dressé, lundi 27 août, Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat avait réuni, à l’Elysée, deux cent cinquante diplomates français à l’occasion de l’ouverture de la 26e édition de la Conférence des ambassadeurs et des ambassadrices. Moment fort de la rentrée du président de la République, le rendez-vous, qui s’étalera jusqu’au 31 août, est l’occasion pour l’Elysée de défendre ses grandes orientations en matière de politique étrangère dans un contexte marqué par la montée des populismes en Europe, l’instabilité croissante au Moyen-Orient et la politique du coup de force de Donald Trump. L’été n’a pas altéré une tendance très nette : « Les extrêmes ont progressé et les nationalismes se sont réveillés », a regretté M. Macron. Le grand dessein macronien en faveur d’une nouvelle grammaire multilatéraliste rencontre pour l’heure peu d’écho, alors que la France assumera la  présidence tournante du G7 dans les prochains mois. 

« Le multilatéralisme traverse en effet une crise majeure qui vient percuter toutes nos actions diplomatiques, avant tout en raison de la politique américaine », a reconnu Emmanuel Macron. La « bromance » franco-américaine affichée à Washington, en avril, a ses limites. Emmanuel Macron a réaffirmé ses divergences avec son homologue dont il s’est bien gardé de prononcer le nom. 


Sur l’Iran, un mano a mano déséquilibré avec Trump

« La France, chaque fois a été la première et la plus claire dans son opposition à ces décisions ». Mais au-delà des mots ? Les marges de manœuvre françaises demeurent limitées face à la superpuissance américaine, notamment sur le dossier nucléaire iranien. Le mois d’août a confirmé que les entreprises françaises n’étaient pas en mesure de résister aux pressions américaines incitant à rompre les amarres avec le marché iranien sous peine de sanctions. C’est d’abord Total qui s’est officiellement désengagé du prometteur projet South Pars, le champ gazier le plus important au monde, selon une déclaration des autorités iraniennes, le 20 août. Trois jours plus tard, Air France annonçait la cessation de ses liaisons avec Téhéran à partir du 18 septembre, un mouvement également engagé par British Airways.

Emmanuel Macron entend garder le cap fixé l’an dernier au même moment, à savoir le maintien de l’accord de 2015 que consoliderait « l’ouverture de nouvelles négociations, plus exigeantes encore », en particulier sur le programme balistique iranien. 

« La France saura prendre ses responsabilités sur le sujet iranien, sans complaisance ou naïveté », a assuré le chef de l’Etat.


Flou sur le Proche-Orient

Si elle demeure « absolument centrale et préoccupante » dans son esprit, la question israélo-palestinienne a peu été abordée lundi par le Président de la République. La brève publiée  pendant l’été par le site israélien Ynet, révélant le report de sa visite en Israël et à Ramallah, avait témoigné des divergences entre les deux capitales, notamment sur la situation à Gaza. « La visite aura bien lieu, mais il n’y a pas de date arrêtée actuellement », avait réagi l’Elysée auprès du Times of Israël. En mars, plusieurs médias, dont Actualité juive, s’étaient pourtant vu confirmer par la Présidence, dans un échange en off, qu’un déplacement était dans les cartons pour l’automne.

Lundi, M. Macron a néanmoins promis des « initiatives concrètes » à venir. Là aussi ses leviers d’action sont limités, la France ayant écarté notamment la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien. Riposter à coupe sèche de 200 millions d’aide américaine aux Palestiniens, annoncée la semaine dernière, pourrait constituer une piste, avec le soutien de partenaires arabes. 


« Les entreprises ne sont pas en mesure de résister aux pressions américaines »


Le maintien d’Assad, une « erreur funeste »

Dans un discours dominé par l’impératif de « sécurité des Français », et de la « lutte contre le terrorisme au premier chef », Emmanuel Macron s’est inquiété de la situation « alarmante » en Syrie, pointant du doigt la responsabilité de Bachar El Assad. 

« Si je considère depuis le premier jour que notre premier ennemi est Daesh et que je n’ai jamais fait de la destitution de Bachar El Assad une condition préalable à notre action diplomatique ou humanitaire, je pense qu’un tel scénario serait néanmoins une erreur funeste. Qui a provoqué ces millions de réfugiés ? Qui a massacré son propre peuple ? », a martelé le Président de la République. M. Macron a appelé à cet égard la Russie et la Turquie – par ailleurs fermement critiquée - à exercer des pressions sur le régime alaouite. 

Paris mesure la nouvelle donne sur le terrain où les forces pro-régime ont écrasé les unes après les autres les positions rebelles et djihadistes. La région d’Ildlib concentre aujourd’hui les derniers affrontements de grande ampleur. Appelant à la « stabilité », la ligne française évolue seulement dans ses marges. L’ancien ambassadeur de France en Iran, François Sénémaud, vient de se voir confier la fonction de « représentant personnel pour la Syrie » du président, un élément allant dans le sens d’un dialogue renforcé avec les Iraniens dans ce dossier. Mais l’hypothèse d’une reprise des relations diplomatiques avec Damas demeure exclue.

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