Default profile photo

16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 15/10/2018 à 18h16

Rubrique France/Politique

Shmuel Trigano : La cérémonie des vœux

(DR)

Le billet de la semaine par Shmuel Trigano, Professeur des Universités.

La venue d'Emmanuel Macron à la synagogue de la Victoire pour la cérémonie des vœux pose question. Est ce une nouvelle "tradition" que le Pouvoir met en place? La démarche est, certes, sympathique de premier abord, mais on ne comprend pas à première vue ce qu'elle signifie politiquement et ce qu'elle annonce, dans le contexte actuel. Car il n'y a aucune raison officielle pour que les autorités de la République viennent présenter leurs vœux aux religions françaises. Et encore moins qu'elles assistent à une cérémonie dans laquelle le président ne parle pas pour des raisons de "laïcité" (le comble!) et fasse en somme acte de présence symbolique. Jusqu'à ce jour, c'était l'inverse qui était le cas et la cérémonie des vœux du Nouvel An avait lieu à l'Elysée.
Ce que cette bizarre initiative annonce en fait, c'est la future "réforme" de l'islam que le candidat de La République en marche avait promise et dont on commence à avoir quelques échos..Depuis une vingtaine d'années les présidents et gouvernements successifs ont eu tendance - et plus - à utiliser le vecteur de la communauté juive pour "organiser" l' islam de France", mais pas dans le sens napoléonien qui a prévalu pour le judaisme (réorganisation de la vie juive sous forme individuelle et confessionnelle) mais dans une optique communautariste affichée, inscrivant l'islam dans l'espace public là où le judaïsme (et le christianisme)en était banni. Le "dialogue des religions" est ainsi devenu l'arme d'un pouvoir sans politique pour s'adresser aux musulmans et introduire, sous l'égide des religions concordataires et leur bénédiction, une religion qui n'a pas mené sa "réforme" et qui n'est en rien jusqu'à ce jour une religion concordataire., une réforme que le pouvoir n'a pas le courage d'imposer.  On sait quelles furent les conditions: le renoncement à la dimension collective, l'amputation du droit religieux, la primauté du droit civil, etc.  Là où la communauté juive devait disparaître, l'"islam de France" est appelé à se constituer en communauté et son calendrier à être inscrit dans celui de la République et de la société civile. On nous annonce même le développement de l'enseignement de l'arabe et ainsi de suite. Le problème essentiel qui fait que le judaisme français devrait ressentir un malaise face à une telle eventualité c'est que l'Etat n'a pas exigé de l'islam ce qu'il avait exigé de lui et des religions chrétiennes, à travers le  modèle consistorial.  Si Emmanuel Macron est Jupiter, il n'est pas Napoléon... C'est une évolution qui n'est pas de l'intérêt des Juifs (sans compter les autres), notamment si l'islam français n'est pas appelé à renoncer à son envergure politico- théologique sans compter le lien avec les pays d'origine de ses membres. Ces deux aires, théologique, politique internationale, recèlent en effet aujourd'hui pour les Juifs des dangers rééls du fait de l'antisémitisme-antisionisme ambiant d'un monde musulman en guerre de djihad mondial.

« Ce que cette bizarre initiative annonce en fait, c'est la future "réforme" de l'islam.»
Mettre les Juifs qui, eux, s'étaient rééllement réformés pour entrer dans l'Etat (cf. le Grand Sanhédrin), dans une situation qui crééera un précédent  d'un développement ultérieur (et contradictoire) concernant l'islam  est particulièrement sournois et dangereux. Si l'islam n'est pas réformé, sa banalisation dans la société française et la politique font peser  encore une  plus grande menace sur la continuité juive déjà fort mal en point de ce point de vue-là.
Mais on peut se demander aussi ce qu'applaudissaient  sur le plan politique les présents à la cérémonie des vœux, outre la déférence due au chef de l'Etat? Car la ligne politique d'Emmanuel Macron n'est pas non plus favorable à l'autre bout de l'arc, plus précisément dans son rapport au conflit du Moyen Orient et à l'Etat d'Israël. Il y a d'ailleurs une parfaite synergie avec son rapport à l'enjeu intérieur. La ligne européenne qu'il incarne avec Merkel n'est  pas favorable à un resaisissement national face aux défis de l'immigration et du djihadisme, elle est très critique, voire hostile, à l'Etat d'Israël, cible centrale par ailleurs de l'antisionisme antisémite, De ce point de vue Netanyahou a développé une politique qui joue l'efficacité en nouant des rapports spéciaux avec les Etats européens que le discours journalistique voue actuellement aux gémonies et qui s'opposent à une immigration non maîtrisée, porte ouverte à l'installation en Europe de foyers salafistes qui menacent d'une guerre civile prochaine.
Chana Tova !

Powered by Edreams Factory