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16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 15/10/2018 à 18h16

Rubrique France/Politique

« La petite Ida » au sourire lumineux nous a quittés

Août 2018. Ida Grinspan (DR)

Ida Grinspan, Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, « la petite Ida », née Fensterzab, le 18 novembre 1929 à Paris XIIe nous a quittés le 24 septembre des suites d’un mal qui la rongeait depuis des mois.

Le 2 septembre lors de la cérémonie des déportés à la Victoire, je l’avais sollicitée pour participer à l’allumage des bougies, mais elle avait dû décliner l’invitation car le jour-même elle entrait à l’hôpital pour y recevoir des soins de chimiothérapie. Jusqu’au bout de sa vie, elle garda son ton enjoué et vif qui la rendait si attachante. Hormis ses proches et ses amis, tous les élèves – et ils sont fort nombreux - ne l’oublieront jamais.

Réfugiée près de Niort, Ida fut arrêtée par les gendarmes français en pleine nuit le 30 janvier 1944 alors qu’elle était âgée de 14 ans. Sa mère, elle, fut raflée le 16 juillet puis déportée. Après un séjour à Drancy, Ida fut déportée le 10 février 1944 par le convoi 68 à Auschwitz. A l’arrivée, 210 hommes et 61 femmes furent autorisés à pénétrer dans le camp dont « la petite Ida » qui déclara qu’elle avait 18 ans. Ida échappa par miracle à la mort. Sa survie, elle la devait, disait-elle, à la solidarité de ses compagnes.

En 1981, elle fut l’une des premières à intervenir à l’émission « Mémoire et Vigilance. » En 1988, Serge Klarsfeld lui demanda de participer à un voyage à Auschwitz qui augura pour elle une action ininterrompue de témoignages tant sur le terrain que dans les écoles, au Mémorial de la Shoah ou ailleurs. En 2002, elle fit paraître chez Robert Laffont avec l’Académicien Bertrand Poirot-Delpech son ouvrage « J’ai pas pleuré » qui obtint un franc succès. 

Il est également un autre événement qui lui aura procuré une joie immense, c’est le jour où l’Ecole de Sompt dans les Deux-Sèvres, celle-là même qu’elle fréquentait avant d’être arrêtée, fut baptisée à son nom le 30 juin 2007. Ida fut très heureuse de cette inauguration pour laquelle « elle n’en tirait aucune gloire, car ce qui lui paraissait important, c’est qu’à travers la découverte de son nom inscrit sur le fronton de l’Ecole, les enfants puissent perpétuer ainsi un devoir de mémoire ».

« La petite Ida » nous manquera infiniment. Souriante, toujours disponible, cette grande dame au caractère bien trempé mais tendre, possédait un sens aigu de l’amitié et fit montre d’un courage inouï, en particulier lors des dernières semaines de sa vie. A sa fille, les siens, ses proches, et ses sœurs de déportation nous adressons nos pensées les plus chaleureuses et fraternelles.

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