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19 Décembre 2018 | 11, Tevet 5779 | Mise à jour le 18/12/2018 à 23h36

Rubrique Israël

Syrie : Israël se fait entendre

L’armée israélienne positionnée au Nord du pays.(Flash90)

Alors que se joue le sort de la Syrie post-guerre civile, Israël choisit de lever le silence sur ses opérations en territoire syrien. Un risque calculé mais nécessaire pour rappeler à l'Iran qu'il devra compter avec son adversaire.

Israël ne risquait pas d'être convié au sommet qui réunissait le 7 septembre à Téhéran les dirigeants de l'Iran, de la Russie et de la Turquie. Il y aurait pourtant eu sa place, comme l'une des parties intéressées au modèle de la Syrie d'après la guerre civile. C'est donc autrement qu'Israël a fait entendre sa voix, en levant le silence sur ses opérations en territoire syrien. Il y a quelques jours, Tsahal révélait en effet avoir opéré plus de 200 frappes aériennes en Syrie depuis le début 2017, principalement contre des objectifs militaires iraniens. Le même soir, la liste s'allongeait encore avec deux raids attribués à Israël. Il est intéressant de noter que les cibles étaient pour le premier, un objectif proche de Idlib et pour l'autre un convoi d'armes iraniennes à la frontière syro-irakienne.

L'Iran, la Russie et la Turquie n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur un règlement pacifique de la poche rebelle d'Idlib. Parallèlement, Poutine n'a pas réussi à obtenir de l'Iran des conditions qui pourraient satisfaire Israël. Et non contents de refuser tout compromis sur un redéploiement militaire loin de la frontière israélienne, les Iraniens diversifient leurs forces et leurs moyens d'attaque. Ainsi, non seulement Téhéran continue d'approvisionner le Hezbollah en systèmes de navigation perfectionnés pour ses missiles, mais il a même commencé à équiper ses milices supplétives en Irak de missiles ayant une portée suffisante pour atteindre Israël. 

D'ailleurs, le message israélien se veut clair : nous savons ce qui se passe sur le terrain. Nous avons des informations précises et en temps réel qui nous permettent de frapper où et quand il le faut, expliquaient en substance le 5 septembre des officiers supérieurs de Tsahal aux correspondants militaires de la presse israélienne. Binyamin Netanyahou lui-même a confirmé qu'Israël n'hésiterait pas à agir « contre toutes les menaces, proches ou lointaines ». Nul doute que l'information est parvenue jusqu'à Téhéran. 

Depuis le début du conflit civil syrien, la ligne constante d'Israël a été l'abstention de toute intervention autre que pour la protection de ses intérêts sécuritaires immédiats. Pourtant, le magazine américain Foreign Policy a révélé qu'Israël avait fourni de l'aide aux forces rebelles sur le Golan syrien. Au moins douze organisations sunnites en auraient ainsi bénéficié, en échange de quoi, elles devaient maintenir les forces pro-iraniennes et pro-Daech à l'écart de la frontière israélienne. Parmi l'arsenal fourni par Israël, des fusils, des mitrailleuses, des mortiers et même des véhicules. Rapidement, les armes de fabrication américaine ont été remplacées par l'arsenal iranien qui devait équiper le Hezbollah et que Tsahal avait intercepté en 2009. Une précaution qui évitait de laisser des traces trop identifiables. Cette assistance aurait débuté en 2013 pour s'achever en juillet dernier, quand Assad a repris pied sur le Golan.

En confirmant expressément sa présence sur le théâtre syrien, Israël prend évidemment le risque de légitimer une riposte militaire syrienne, voire iranienne. En réalité, son objectif est de fixer le cadre d'une nouvelle dissuasion, qui puisse limiter la liberté d'action de l'Iran, à défaut d'obtenir son retrait de Syrie. Un calcul qui pourrait être rapidement mis à l'épreuve.

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