Default profile photo

16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 15/10/2018 à 18h16

Rubrique Israël

Israël/Syrie : les couleuvres russes

Iliouchine-20 appartenant à l’armée russe. (DR)

Depuis le raid de Tsahal du 17 septembre contre un objectif iranien au nord-ouest de la Syrie, la Russie fait porter à Israël l'entière responsabilité de la perte de son Iliouchine-20 et de ses quinze membres d'équipage, abattus par la défense aérienne syrienne.

C'est l'incident qui ne devait pas se produire, mais qui était statistiquement inévitable. Les servants syriens des batteries de défense aérienne russes n'étaient pas connus pour leur efficacité; ils se sont montrés à la hauteur de leur réputation. Impensable pourtant pour Moscou de reconnaître sans se déprécier, l'incompétence de son protégé syrien. L'opinion publique russe est lasse de voir ses soldats se faire tuer dans des conflits qui ne la concernent pas directement. Mais c'est aussi une affaire de crédibilité stratégique : depuis 2015, c'est l'armée russe qui est censée tenir l'espace aérien syrien dans son soutien au régime d'Assad. Face à la Turquie, mais surtout à l'Iran, impossible de donner le moindre signe de faiblesse. 

   C'est donc à Israël que la Russie fait avaler ses couleuvres. Le commandant de l'aviation de Tsahal dépêché à Moscou le 20 septembre n'avait aucune chance de convaincre ses homologues russes de l'innocence d'Israël. Son rapport d'opérations ultra-détaillé a été rejeté en bloc, tandis que le ministre russe de la Défense, vidéo 3D à l'appui, tenait un réquisitoire tonitruant contre les pilotes israéliens, accusés  « d'amateurisme ». Tsahal a eu beau dénoncer un tissu de contre-vérités, rien n'y a fait. Les Russes sont allés jusqu'à assurer que les F-16 israéliens s'étaient servis de l'avion russe comme bouclier contre les S-20 syriens, alors qu'ils étaient déjà à Haïfa au moment du tir. 

Si Vladimir Poutine a d'abord évoqué un « enchaînement tragique de circonstances » qui ne devrait plus se reproduire, il a ensuite durci le ton à l'égard d'Israël. Depuis l'incident, Binyamin Netanyahou a appelé à deux reprises le chef du Kremlin, apparemment sans parvenir à assouplir sa position. Quelques heures avant son départ pour l'Assemblée Générale de l'Onu, le chef du gouvernement israélien a réuni son cabinet de sécurité pour discuter de la situation et formaliser la position d'Israël : regrets pour la perte tragique des 15 militaires russes, maintien du dispositif de coordination avec l'armée russe en Syrie, et surtout poursuite de toute action requise pour empêcher l'Iran d'établir un front contre Israël sur le territoire syrien. 


Un tissu de contre-vérités

Jusqu'à présent, le Kremlin fait la sourde oreille. Il a déjà annoncé la livraison imminente à la Syrie des batteries de défense aérienne S-300 dont Israël avait obtenu le gel en 2013. Il aurait même déjà acheminé des dispositifs de brouillage électronique destinés à perturber les communications de la chasse israélienne dans ses futures opérations. Pourtant, il ne faut pas se hâter d'y voir une cause perdue. Si les intérêts de la Russie et d'Israël restent distincts, ils convergent toutefois sur un point non négligeable : contrer la montée en puissance de l'Iran en Syrie. D'autre part, il n'est pas certain que Poutine ait envie de voir d'autres appareils russes victimes de bavures syriennes. Un risque qui serait décuplé avec les nouveaux équipements laissés aux mains de l'armée d'Assad. Pour Israël, il s'agit donc de préserver sa liberté d'action en Syrie, sans perdre la neutralité russe. L'aviation de Tsahal n'a pas attendu la crise actuelle pour s'entraîner face aux S-300. Mais une solution diplomatique serait évidemment préférable. Pour cela, Benyamin Netanyahou compte aussi sur les occidentaux et en particulier sur les Etats-Unis, qui ont également leurs intérêts sur le théâtre syrien. 

Powered by Edreams Factory