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16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 15/10/2018 à 18h16

Rubrique Judaïsme

Roch Hachana : Le retournement tant attendu

Les célébrations de Roch Hachana et de Kippour sont liées à l’une des notions les plus innovantes de la tradition hébraïque : la techouva, soit un bouleversement de la personnalité aboutisant à une renaissance de soi.

La techouva se définit comme le retour accomplit par le juif vers la Torah. Elle est un impératif qui concerne chaque individu, quelque soit son niveau de pratique religieuse. Il s’agit de se retourner sur ce que son existence a été et de s’interroger sur sa conformité au destin juif. L’imperfection inscrite en ce monde explique que la techouva est un devoir pour chacun. Elle implique donc introspection, examen de conscience, bilan moral. Elle invite à faire la lumière sur soi et à réaliser les changements qui s’avèrent nécessaires pour mener une vie juive digne de ce nom. Elle permet une renaissance.
 Il faut préciser que la techouva n’a pas seulement des incidences sur l’avenir. Elle a, en effet, des conséquences sur le passé. Selon que la techouva soit motivée par la crainte ou l’amour, les fautes volontaires se transforment, aux yeux de Dieu, respectivement, en fautes involontaires ou en mérites (Yoma 86b). Ce n’est donc pas que le futur qui est modifié mais c’est le passé qui est relu. La faute peut-être effacée, il peut ne rien en rester. Le regret, la reconnaissance verbale, l’engagement sérieux, sont les éléments d’une réécriture de l’histoire. La techouva découle sur le pardon, l’expiation. Au niveau matériel, un acte accompli ne peut être effacé. Mais le regard divin ne saurait se limiter aux conditions de la vie de ce monde. C’est pourquoi il est rapporté que la techouva fait partie des éléments dont la création a précédé la création du monde, donc le temps de l’histoire et de la nature (Pessa’him 54a). Ce qui signifie que la techouva ne répond pas aux normes de ce monde ; sa logique dépasse les contingences de la vie matérielle.   
   On comprend alors que la notion de techouva s’oppose en tout point à une lecture déterministe de l’existence humaine. C’est pourquoi c’est précisément au cœur des Lois relatives à la techouva (qui compte dix chapitres) que Maïmonide développe l’idée du libre arbitre se situant aux fondements mêmes de la tradition juive (chapitre 5). Faire techouva, pour reprendre l’expression usitée, revient ainsi à exercer son libre arbitre, à s’arracher du cadre que l’individu s’est imposé pour en choisir un autre.

Une vie juive digne de ce nom
L’un des composants essentiels de la techouva se confond dans la confession verbale de la faute. La verbalisation des fautes commises permet une certaine prise de conscience, une extériorisation de l’acte et donc une mise à distance. En énonçant les fautes, l’individu se libère. Et nous retrouvons ici le thème de la liberté. Car, au final, la techouva offre la possibilité de se défaire des chaînes de son passé. En cela, elle est un inestimable trésor présenté à l’humanité.
Le Rav Soloveitchik développe l’idée suivante : la techouva comme la conversion est cette nouvelle naissance qui se produit par l’acceptation d’une nouvelle identité, d’une autre personnalité, d’une nouvelle vie. C’est pourquoi au chapitre 7 des Lois relatives à la techouva, lorsque Maïmonide évoque la techouva libératrice, il ne parle pas que d’actes ou d’infractions mais aussi des défauts moraux (éléments absents de ses propos concernant un autre type de techouva, la techouva dite expiatrice, aux chapitres 1 et 2), car cette fois, il est question d’un changement de l’ensemble de la personnalité et pas seulement du fait de s’abstenir d’une faute précise. C’est pourquoi il ne suffit pas là d’un engagement à ne pas réitérer la faute mais il faut façonner de nouveau la personnalité entière, y compris les caractères. Si l’homme s’abstient de toutes les fautes du monde mais reste avec sa colère, sa jalousie et sa nature violente ou sauvage, il ne parviendra pas à former une nouvelle personnalité qui constitue la route obligée vers la techouva libératrice.

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