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16 Décembre 2018 | 8, Tevet 5779 | Mise à jour le 13/12/2018 à 11h38

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayélè’h : La volonté de mourir des Grands Prêtres

Crédit : ganimed.fr

A quelques jours de Yom Kippour, la lecture de notre paracha nous rappelle un fait surprenant relaté par le Talmud (1) et dont la teneur troublera, à coup sûr, les plus cartésiens d’entre nous. Le traité Yoma nous rapporte que durant le second Temple, 200 Grands Prêtres mouraient chaque jour de Yom Kippour ! Le second Temple exista durant 420 ans et ne connut que quatre authentiques Grands Prêtres. Tous les autres ne finissaient pas une année entière !

Pour expliquer ce fait troublant, il faut relire le début de notre paracha sur le plan de l’allusion. Elle débute avec les mots « Moché partit… ». Le texte décrit le départ de Moché de ce monde mais il peut aussi s’appliquer à chaque Juif qui, selon les textes ésotériques, possède une parcelle de l’âme de Moché. Ces mots deviennent alors porteurs d’un message extraordinaire : toute la vie d’un Juif n’est que mouvement vers D.ieu. Bien sûr personne ne pourra  atteindre la perfection mais ce n’est pas ce que l’on attend de chacun d’entre nous. Il faut simplement aller de l’avant. Il est certain que le rythme sera différent d’un Juif à l’autre mais l’essentiel est d’avancer vers D.ieu…jusqu’au point extrême d’être prêt à donner sa vie pour le judaïsme.


Payer la charge de Cohen gadol

Où cette situation trouvait-elle sa plus noble expression ? Le jour de Yom Kippour, répondent nos Maîtres. Lorsque le Temple existait, le Grand Prêtre, le Cohen gadol, l’homme le plus saint du peuple juif pénétrait quelques instants dans le Kodech hakodachim, le lieu le plus saint du Temple. S’offrait alors à lui, le dévoilement de D.ieu dont seul ce Cohen gadol pouvait en être le témoin. Mais durant le second Temple, le degré de sainteté de la terre sainte se détériora considérablement, notamment parce que le pouvoir politique était corrompu. Et de ce fait, c’était le plus offrant (financièrement) qui devenait Cohen gadol. Non par son mérite spirituel, mais parce qu’il avait payé la charge de Cohen gadol !


Voir D.ieu

Et là, un fait déroutant se produisait : quand un Cohen gadol (indigne de sa charge) pénétrait dans le Kodech hakodachim, il perdait aussitôt la vie ! La vision du Divin étant trop intense, vu son faible degré spirituel. Cette tragédie se répéta deux cents fois durant l’existence du second Temple puisque 200 Grands Prêtres moururent. Vu de loin, cette audace de chercher à voir D.ieu peut être considérée comme une faute. Ayant acheté leur charge de Cohen gadol, ils étaient punis par la mort. De plus, si l’action se répéta plusieurs fois, pourquoi les Grands Prêtres suivants s’engagèrent-ils eux aussi dans cette voie avec la quasi certitude de mourir ? Ici, par ce geste se dessine la grandeur du peuple juif. Chez chaque Juif, existe le désir intense de s’attacher au Créateur, un désir au-delà de toute considération logique et qui dépasse le cadre normatif des commandements. Pénétrer dans le Kodech hakodachim, le jour de Yom Kippour exigeait une stature exceptionnelle que les 200 Grands Prêtres ne possédaient pas. Mais ce jour sacré réveillait en eux cette soif de spiritualité quelque peu assoupie par leur exil personnel, une soif où la vie n’avait plus d’importance. Seul D.ieu comptait. Il est certain, quelque part, que le geste final de ces Cohanim n’était pas un choix de vie mais il traduisait l’esprit de don de soi qui doit animer notre Kippour. Pour la vie. 


Note

  1. Traité talmudique Yoma, p.9a
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