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14 Décembre 2018 | 6, Tevet 5779 | Mise à jour le 13/12/2018 à 11h38

15 décembre - Chabbat Vayigache : 16h35 - 17h49

Rubrique Judaïsme

Les 5 énigmes de Souccot

(flash90.)

Sorti des jours redoutables, le Juif a l’obligation à Souccot de se réjouir et de vivre dans une soucca. Cette fête qui dure sept jours a une symbolique très riche que nous évoquons ici en nous fondant sur Maïmonide (Rambam). Tour d’horizon.

« Tu célèbreras la fête des Cabanes durant sept jours, quand tu rentreras les produits de ton aire et de ton pressoir. Et tu te réjouiras durant la fête et, avec toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, et le Lévite, l’étranger, l’orphelin, la veuve qui seront dans tes murs. Tu fêteras ces sept jours en l’honneur de l’Eternel, ton Dieu, dans le lieu qu’il aura choisi : car il te bénira, l’Eternel, ton Dieu, dans tous tes revenus, dans tout le labeur de tes mains, et tu  seras très joyeux » (Deutéronome, XVI, 13-15). Voici la dernière des trois fêtes bibliques de pèlerinage proclamées par Moïse durant la traversée du désert. Une célébration solennelle et joyeuse, où, précisément, la joie est, bien plus qu’un droit  du fidèle, un devoir, un commandement, une obligation. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette commémoration. Malgré les vicissitudes dramatiques et les épreuves douloureuses de la vie quotidienne, nous devons maîtriser, durant les sept jours de la Fête des Tentes, nos sentiments de tristesse, de mélancolie, de sombre inquiétude et donner libre cours à l’expression d’une joie prescrite. Un des auteurs classiques à interroger le sens philosophique de cette festivité est Moïse Maïmonide. Dans son « Guide des Egarés » (Moré Neboukhim), il propose une explication rationnelle des 613 commandements de la loi mosaïque, partant du principe que toutes les mitsvot sont l’expression d’une Intelligence Suprême et peuvent être comprises par l’homme car elles sont intelligibles. Dans le chapitre sur les  « commandements relatifs aux jours de repos et de fêtes » Maïmonide cherchera à décrypter les cinq énigmes de Souccot. 


1) Pourquoi la fête de Souccot est-elle célébrée le 15 Tichri ? 


Toutes les célébrations bibliques  sont des anniversaires d’événements historiques qui ont changé le cours de l’existence de notre peuple : Pessah (la Pâque) est célébré le jour de l’Exode d’Égypte ; Chavouot (Pentecôte) rappelle le don de la Torah au Mont Sinaï ; Roch Hachana (le Jour de l’An) serait, selon le Talmud, l’anniversaire de la naissance d’Isaac, fils d’Abraham et de Sarah ; Yom Kippour (le Jour des Expiations) commémore le retour de Moïse du Mont Sinaï avec les deux Tables de l’Alliance, symbole du pacte renouvelé entre Israël et son Créateur. Mais Souccot n’est pas un anniversaire. Il s’agit du souvenir des quarante ans de traversée du désert, au moment de la sortie d’Égypte, en route vers la Terre promise de Canaan, sous la conduite de Moïse. Quarante ans de séjour sous des cabanes ou des tentes, qui auraient pu être commémorés n’importe quel jour de n’importe quel mois du calendrier hébraïque. Alors, pourquoi le 15 Tichri, quand  commence l’automne, tout juste avant le début des pluies ? Maïmonide donne deux raisons. La première est climatique : à cette époque de l’année, il n’y a ni de fortes chaleurs ni des pluies incommodes : le fidèle peut alors se livrer, avec allégresse, aux rites de la fête et méditer sur leur signification. La deuxième raison est tirée, véritable scandale pour certains esprits obscurantistes anti-maïmonidéens, de « l’Ethique à Nicomaque », du philosophe grec (et païen !) Aristote : l’ordre de la vie, selon les anciens de toutes les nations du monde, veut que ce soit après l’effort des récoltes et des travaux agricoles, que les hommes se réunissent pour des solennités, en actions de grâces pour le repos.


2) Pourquoi cette fête dure-t-elle sept jours ?


Selon Maïmonide, chaque festivité  est destinée à enseigner une vérité philosophique et morale spécifique. Elle doit durer le temps nécessaire à la méditation humaine sur cette vérité. Ainsi la Justice, le Repentir et la Révélation, des vérités rapidement compréhensibles, sont enseignées au cours de trois festivités qui, dans la Thora, durent chacune un seul jour : Roch Hachana, Yom Kippour et Chavouoth. Mais les principes, très complexes, de Liberté (inculqués  à Pessah) et de Providence divine (à Souccot) sont plus difficiles à comprendre pour l’esprit humain et exigent un temps de sept jours, pour permettre une meilleure compréhension de leurs sens. 


3) Pourquoi le commandement de séjourner sous la soucca ? 


Toutes les autres festivités de la Thora sont vécues dans l’environnement habituel du fidèle : la synagogue et la maison. Seule la fête de Soucoth  prévoit un changement d’habitat : le séjour, durant sept jours, dans une cabane. Pourquoi ? Pour Maïmonide, la soucca est le symbole de l’exil, de l’errance, de la vie sans terre ni patrie des Hébreux durant les quarante ans de traversée du désert de Sinaï. Bref, la cabane est l’archétype exilique par excellence.


4) Les arba minim ont-t-ils la même valeur symbolique que la soucca ?


Non, le loulav est précisément, le symbole opposé à la soucca. Car le loulav représente le retour à la Terre Promise : « La gaîté et la joie qu’éprouvèrent les Hébreux quand ils quittèrent le désert… pour se rendre dans des lieux où il y avait des arbres fruitiers et des rivières ». 


5) Pourquoi Souccot est-elle la seule fête qui se termine par une autre fête ? 


Dans toutes les autres fêtes, nous sortons du climat de sainteté pour retrouver le climat du temps profane. Mais, à la fin de Souccot, nous sortons du temps du souvenir de l’errance à travers l’immense solitude désertique pour retrouver la patrie rêvée de nos ancêtres, pour « rentrer dans la maison ». Un retour à la solidité des « habitations spacieuses » et des « grands édifices » qui est symbolisé par la fête de Clôture, Chemini Atsereth. L’exil n’est pas le sort éternel et irrévocable d’Israël. Après les aventures et les mésaventures du séjour dans les cabanes fragiles, le peuple d’Israël est voué à rentrer  dans la maison d’Israël, dans la terre où il construira son existence.

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