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21 Mars 2019 | 14, Adar II 5779 | Mise à jour le 21/03/2019 à 18h35

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Plan de paix ou paix en plan

(Flash90.)

Stratégie délibérée ou navigation à vue ? La gestion diplomatique américaine du règlement du conflit israélo-palestinien ressemble beaucoup à de l'improvisation, au gré des proclamations de son président.

Donald Trump avait par deux fois prolongé le moratoire sur le transfert de l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, avant d'annoncer en décembre dernier la reconnaissance de la capitale de l'Etat d'Israël. Le président américain reste également très vague sur les termes du plan de paix dont il a confié l'élaboration à son gendre Jared Kushner, aussi novice que lui en politique étrangère. 

Difficile pourtant de ne pas voir une certaine méthode dans sa décision suivante de s'en prendre au statut des réfugiés palestiniens, en coupant progressivement les crédits aux différentes organisations qui les encadrent et principalement à l'agence onusienne de l'UNRWA. Le président Trump estime qu'il faut d'abord « faire sauter les verrous » qui bloquent toute avancée vers une solution définitive, pour avoir une chance de faire progresser le reste. Or, depuis un quart de siècle que le processus diplomatique a commencé, personne n'a réussi à passer les deux obstacles majeurs que sont Jérusalem et les réfugiés. En remettant en cause la définition même du statut des réfugiés palestiniens, Trump escompte rebattre les cartes. 

   On n'en sait pourtant guère plus sur ce plan de paix, et les divers éléments qui ont fuité des capitales arabes restent très elliptiques. Ce sont en effet les deux parties concernées qui devront faire leur choix parmi les différentes propositions américaines, jusqu'à trouver un dénominateur commun suffisant pour former la base d'un accord. Jérusalem pourrait accepter du bout des lèvres un Etat palestinien « a minima », à condition que tous les paramètres sécuritaires restent sous contrôle israélien, y compris la maitrîse des frontières. Les Palestiniens quant à eux ne renonceront pas à une souveraineté partielle sur Jérusalem-Est, où ils veulent établir leur capitale politique. 

D'une manière ou d'une autre, il faudra aussi régler la division des deux entités palestiniennes et ramener la Bande de Gaza dans le giron de l'Autorité Palestinienne. C'est dans ce but que les Américains travaillent en parallèle à trouver une solution économique pour le territoire palestinien côtier, qui soit plus viable que celle de la dépendance à l'UNRWA, au bon vouloir d'Abbas et aux sautes d'humeur du Hamas.

Cependant, l'approche américaine semble toujours plus proche de la ligne israélienne que de celle des Palestiniens, les faisant apparaître toujours plus inconciliables. Du transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem à la fermeture du bureau de l'Olp à Washington, on a l'impression que Donald Trump fait tout pour pousser à bout la direction palestinienne. En rejetant en bloc toutes les propositions américaines et en refusant de parler aux émissaires de la Maison Blanche, désormais qualifiés « d'acquis à Israël », les dirigeants de Ramallah sont engagés dans une fuite en avant. 

Les pays arabes sunnites, plus préoccupés par la menace de l'Iran que par le sort des Palestiniens, n'auraient rien contre un plan américain qui règle enfin le conflit. Washington pousse d'ailleurs constamment à leur rapprochement avec Israël, qui renforcerait sa position au Proche-Orient. Mais les dirigeants politiques du Golfe, d'Egypte et de Jordanie, savent que leurs opinions respectives n'accepteront jamais qu'ils « lâchent » les Palestiniens. 



Les Palestiniens ne renonceront pas à une souveraineté partielle sur Jérusalem-Est

La particularité désormais reconnue de Donald Trump, c'est son caractère imprévisible. A-t-il encore des cartes dans sa manche pour évincer définitivement Mahmoud Abbas de la direction palestinienne ? Fera-t-il effectivement « payer à Israël » le prix de la reconnaissance de Jérusalem, comme il l'a laissé entendre il y a quelques semaines ? Même le rétropédalage de ses conseillers n'a pas entièrement apaisé les inquiétudes israéliennes. 

Quant à la date de publication de son plan de paix, là encore le président américain pourrait réserver des surprises. A priori, il ne devrait pas choisir l'Assemblée Générale annuelle de l'Onu, instance jugée globalement trop pro-palestinienne et à laquelle il ne cache pas son hostilité. Dans ce cas, il devrait encore repousser l'échéance, préférant attendre les élections de mi-mandat au Congrès au mois de novembre, pour s'assurer de la consolidation de sa majorité. Mais alors, il se heurterait au calendrier électoral israélien, alors que les législatives de 2019 pourraient avoir lieu dès le premier trimestre. Difficile de croire que Donald Trump, peu connu pour sa patience, acceptera de ronger son frein encore longtemps. 

Binyamin Netanyahou affirmait récemment qu'il n'y avait « pas urgence » à publier le plan de paix américain. Pourtant, à trop attendre, il n'est pas certain que les propositions américaines ne se fassent pas plus favorables aux Palestiniens. 

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