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21 Novembre 2018 | 13, Kislev 5779 | Mise à jour le 19/11/2018 à 15h42

Rubrique Culture/Télé

Eliette Abecassis : « L'âme juive, c'est ce qui perdure lorsque tout est oublié »

(DR)

Dans cet ouvrage illustré par les magnifiques clichés du photographe Olivier Martel, Eliette Abecassis décrit la beauté du rituel qui vient sanctifier les moments essentiels de la vie juive.

Actualité Juive : Qu’est-ce que l'« âme juive » ?

Eliette Abecassis : L’âme juive, c’est à la fois le cœur et l’esprit, du peuple juif, ancrés dans une histoire, une mémoire et un espoir. C’est ce qui reste et qui perdure lorsque tout est oublié, elle peut être religieuse ou non, c’est aussi une façon d’être et de vivre, avec ou sans la tradition, mais toujours avec une flamme, éclairante, vacillante, brûlante, mais toujours présente, une flamme née de la foi de nos pères, ceux qui ont cassé les idoles, ceux qui ont cherché la liberté, ceux qui ont voulu un monde meilleur. C’est une façon d’être et de vivre, que j’ai essayé de décrire par des mots et à travers les belles images du photographe Olivier Martel. Dans ses photos, on voit des livres, beaucoup de livres, car je pense que le livre, l’étude et l’écriture forment l’essence même de l’âme juive. Une lecture et des commentaires de commentaires, à l’infini, qui rend cette âme profonde, mystérieuse et inaltérable.

A.J.: En quoi « les symboles et les secrets », titre du troisième chapitre de votre ouvrage, participent de cette âme juive ?

E. A. : Le judaïsme est une culture du symbole qui incarne la tradition par des objets : Les bougies, les pains, les Ménorah, les Mezouzot, sacralisent la vie quotidienne et lui donnent un sens mystique. Un sens parfois étonnant comme les phylactères que l’on enroule autour du bras, comme pour tatouer le texte sur la peau. La circoncision aussi, ce marquage dès la naissance du corps de l’homme à l’endroit même où il rencontre la femme. Les rituels comme la cacherout ou le chabbat sont voués à élever l’homme au-dessus de la nature, pour la première, et de la technique ou la technologie, pour ce qui est du chabbat. J’ai cherché à réinterpréter cette mystique à travers la vie d’aujourd’hui, à en donner un sens personnel et actuel. Il me semble qu’à l’heure où nous sommes esclaves de nos portables, le chabbat n’a jamais eu autant de pertinence, d’importance et de nécessité vitale. Une façon de se réapproprier, à travers le temps, son espace psychique, et de retrouver, à travers cette liberté, son humanité.

 

A.J.: Pourquoi l'orthopraxie, la pratique des commandements et les rituels, est-elle si importante dans le judaïsme ?

E. A. : Le judaïsme est plus une pratique qu’une foi, la foi s’incarne dans la pratique comme le dit la phrase : « Nous ferons et nous écouterons ». Ainsi le judaïsme même s’il est très intellectuel, est aussi et avant tout, une façon de vivre et d’être au monde. Le rituel qui crée un espace dans la vie économique est une façon de rompre avec le temps, et de donner un sens à la vie. Sans le rite, la vie se répète, la même, ennuyeuse et absurde. Ce que j’aime dans le rite, moi qui suis romancière, c’est la narration du quotidien. A Souccot, à Hanouka, Pourim ou Pessah, on se raconte une histoire, que l’on revit. 

 A.J.: Le photographe, Olivier Martel, illustre l'ouvrage à partir de clichés de communautés prises pour l'occasion. Ont-elles facilement accepté d’ouvrir leurs portes ?

E. A. : Rares sont les images de la vie juive. Pour une raison simple, c’est que l’on ne peut pas photographier le jour du chabbat ou des fêtes. Pour cela, nous avons mis en scène, des chabbat, ou des événements, et beaucoup de familles ont ouvert les portes de la synagogue au moment des Bar-Mitsvot ou circoncisions, à Olivier Martel. Mes parents, mes enfants, mes amis, mais aussi des synagogues, des yéchivot, qui se sont prêtés au jeu avec bonheur car ils étaient heureux de participer à ce beau projet. Olivier Martel a su magnifier l’âme juive, tout en faisant des photos de reportage, puisqu’il allie la photographie d’art à l’image prise sur le vif. Il s’est passionné pour le judaïsme, au point qu’il connaît maintenant tous les rituels et s’est ainsi parfaitement immergé dans notre univers pour en retenir ce qu’il y a de plus beau. Ce livre est le fruit de son regard.

 A.J.: Etes-vous vous-même croyante et/ou pratiquante ?

E. A. : Dans ce livre, j’ai voulu exprimer mon amour du judaïsme et mon émotion d’être juive.Je dirais que ma foi ou ma pratique, s’approfondit à chaque étape de ma vie. J’ai été à bonne école avec mon père, qui m’enseigne à la fois la pratique et le sens du judaïsme. Ayant vécu aux Etats-Unis lorsque j’étais étudiante, j’ai découvert le monde des modern-orthodoxes, dans lequel je me reconnais pleinement : des juifs qui sont pratiquants et impliqués dans la vie active, et dans leur pays, et un judaïsme intellectuel, ouvert à la philosophie, aux sciences humaines et à l’éthique, que je retrouve actuellement dans      la synagogue de l’Alliance israélite universelle où mon père officie et où il donne des cours de Talmud, uniques au monde, à la fois accessibles à tous, et d’un haut niveau intellectuel.

J’ai aussi vécu à Jérusalem, où j’ai aimé la foi mystique des chantantes des synagogues Carlebach, un judaïsme sensible au cœur. J’aime toutes les formes du judaïsme et tous les juifs. Je suis heureuse de transmettre mon sentiment dans mes livres et particulièrement dans ce beau livre, un projet unique en soi, puisqu’il offre une vision intime et j’espère universelle du judaïsme.

 Eliette Abécassis et Olivier Martel, « L'âme juive », Gründ, 208 pages, 29,95 euros  

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