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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique Culture/Télé

« Envoyé spécial » : Pourquoi ce reportage est une odieuse manipulation

(Capture d'écran)

Jeudi 11 octobre, France 2 a diffusé dans le cadre de son émission « Envoyé spécial », un reportage intitulé « Les estropiés de Gaza ». Ce titre très évocateur et la bande annonce racoleuse de l’émission ont provoqué une vague de protestations des organisations juives y compris de l’ambassadrice d’Israël en France Aliza Bin Noun. Très contesté en amont, ce reportage s’est avéré très contestable. Avec le site InfoEquitable, nous vous expliquons pourquoi en cinq points.

La partialité 

Le reportage de 30 minutes accuse les méthodes de l’armée israélienne à la frontière entre Israël et Gaza et ne donne la parole qu’à des Palestiniens présentés comme des victimes de tirs injustifiés de Tsahal ainsi qu’à un Israélien de l’organisation d’extrême gauche « Breaking the Silence » (spécialisée dans la dénonciation de supposées violences commises par des soldats israéliens, le plus souvent sur la base de témoignages anonymes d’anciens soldats impossibles à vérifier) qui va dans le même sens. La séquence dans laquelle le porte-parole de l’armée a la possibilité de s’exprimer ne fait que… 2 minutes ! Son interview – tronçonnée en quatre morceaux – totalise 57 secondes ! Ce dernier est un homme grand, costaud, avec lunettes de soleil, et filmé en hauteur dans une position dominante. 


La sémantique  

Le commentaire du reportage évoque parfois des « émeutes » mais il fait aussi référence à des « manifestions ». L’ancien soldat devenu militant raconte : « Nous ne tirions pas sur des manifestants non-armés. Ce n’était pas autorisé. Mais ces dernières semaines, l’armée a tiré sur des centaines de Palestiniens non-armés. Et certains ont été tués ». Manifestation, émeute, combats... ce sont des distinctions importantes. Car tirer sur de simples « manifestants » est évidemment répréhensible. S’il s’agit d’émeutes, et même de combats (depuis le début des troubles, des centaines d’engins explosifs ont été jetés en direction des soldats, ce que ne précise pas le reportage) visant à forcer une frontière, la réaction des soldats est plus légitime.  


La mauvaise foi   

Comment des adolescents et des enfants peuvent-ils se trouver au milieu des émeutes ? Les Palestiniens interviewés affirment que ces enfants viennent d’eux-mêmes et qu’il n’est pas possible de les en empêcher ! Abderrahman, 25 ans, le grand frère de deux jeunes Palestiniens blessés plaide son impuissance : « Je leur avais pourtant interdit d’y aller à cette marche, mais vous savez comment sont les enfants… Ils disent toujours qu’ils vont au foot ou faire autre chose. Jamais ils ne m’ont dit qu’ils s’y rendaient. Ils ont voulu voir de leurs propres yeux. Ils ont voulu faire comme les grands. Mais jamais je ne les ai poussés à y aller. Et quand bien même ils auraient lancé des pierres sur les soldats… Avec une pierre, on ne tue pas ! Ça ne mérite pas de se faire tirer dessus ». 


Le mensonge 

 Une interview a-t-elle été tronquée ? Un jeune « estropié » montre fièrement sa fronde aux journalistes. « Ce sont mes frondes pour envoyer mes pierres sur les colons israéliens mais eux répondent avec leurs balles », dit l’adolescent. Problème : il n’y a plus d’Israéliens à Gaza depuis  13 ans… De quoi parle le jeune homme ? Peut-être désigne-t-il les soldats sous le terme « colons » ? Le jeune Palestinien dit pourtant bien dans cette séquence le « yahoud » qui signifie « Juif ». Deuxième problème : à aucun moment, ce mot « yahoud » n’apparaît dans la traduction de l’interview. La traduction n’est pas fidèle à ce qui dit le jeune émeutier. Il parle des Juifs… mais le téléspectateur n’en saura rien. 


Le Hamas, grand absent 

Les journalistes interrogent sur la présence des adolescents et des enfants envoyés en première ligne et semblent se satisfaire des réponses de leurs interlocuteurs. Le reportage ne va pas plus loin. Mais quel est le rôle du Hamas dans l’organisation de ces manifestations ? Dans quelle mesure l’organisation terroriste – qui dirige la bande de Gaza d’une main de fer – contrôle-t-elle l’emploi de ces très jeunes civils dans les violences ? On ne le saura pas. Durant leur séjour à Gaza, les journalistes n’ont pas interrogé de responsable du Hamas pour connaître son avis sur la question. C’est étrange… car rien de ce qui se passe à  Gaza n’est étranger au Hamas. Les journalistes ne peuvent y travailler qu’avec l’assentiment de l’organisation islamiste qui contrôle l’information de manière très stricte. Aucune ONG ni organisation humanitaire n’a été contactée non plus pour savoir ce qu’ils pensaient de la participation des enfants aux combats contre les soldats. 

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