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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique France/Politique

Marc Knobel : Végans, «Holocauste» des animaux et «camps de la mort»

(Capture d'ecran)

Le billet de la semaine par Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au Crif.

6 octobre 2018, sur C8 Thierry Ardisson organise un débat dans «Les terriens du samedi» entre les Végans, les éleveurs et les bouchers. Le véganisme est un mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. L’idéologie véganiste est basée sur «l'antispécisme». Les antispécistes refusent toute hiérarchie entre les espèces et prônent les mêmes droits pour les animaux et pour les hommes. A l'occasion de la sortie de «Des animaux et des hommes» (Stock), un recueil de ses émissions sur France-Culture ayant pour thème les animaux, le philosophe Alain Finkielkraut dans Marianne (8 octobre 2018) critique le véganisme : « Il est en train de confisquer la cause animale et c'est très dommage. Oui, les animaux souffrent, ils nous ressemblent mais les antispécistes mettent toutes les espèces sur le même plan. Simplement, si nous étions des animaux comme les autres, nous ne nous préoccuperions pas des autres animaux. C'est bien l'exception humaine qui se manifeste dans le sentiment de responsabilité qui peut nous étreindre à l'égard des animaux en voie de disparition ou les animaux domestiques.» Ajoutons que les antispécistes apparentent l'industrie de la viande à un «holocauste». Ils comparent la fin de l'exploitation animale à l'abolition de l'esclavage et prônent purement et simplement la disparition de l'industrie de la viande ! D’ailleurs, quelles sont les méthodes parfois utilisées ? Les auteurs d’une tribune collective dans  Le Figaro (6 octobre 2018) estiment que plus d'une centaine d’actions violentes et illégales ont été subies par les professionnels de la filière de l'industrie de la viande entre 2017 et 2018 en France. Ces actions «coup de poing» sont violentes : marquage au fer rouge, abattoirs envahis et représentés en feu, faux sang déversé par litres, vandalisme de boucheries, d'abattoirs, dessins suggestifs, menaces aux personnes. Inquiète, la confédération française de la boucherie dénonce des «intimidations» violentes et demande une protection policière. Ouvrons une parenthèse pour rappeler ici que l’abattage rituel juif est également sur la sellette, puisqu’il est la cible de défenseurs de la cause animale.  En France, ce débat s’était même invité dans la campagne présidentielle quand Marine Le Pen s’était prononcée en faveur de l’interdiction de l’abattage rituel.


« Dire l’horreur de certains abattoirs, ce n’est pas se livrer à des comparaisons malsaines et scandaleuses.»

Mais, revenons à notre programme de télévision. Thierry Ardisson -qui aime faire de l’audimat- reçoit la porte-parole de Boucherie abolition et la présidente du mouvement Vegan Impact. Face à elles, un artisan-boucher et le vice-président de la FNSEA. Les insultes fusent. Une altercation a rapidement lieu entre l’écrivain Yann Moix et ces dernières, lorsqu’elles disent à l’antenne que les bouchers sont responsables d'un «génocide industriel.» Selon elles, le sort fait aux animaux dans les abattoirs serait comparable aux «camps de la mort», expression utilisée sur le plateau : il faut arrêter le «génocide systématique» des animaux». «Non mais attendez, vous n'allez pas comparer le massacre de millions de Juifs avec ça, c'est obscène», répond Yann Moix, menaçant plus tard de « quitter le plateau » tant il était agacé. Dire l’horreur qui est pratiquée dans certains abattoirs, ce n’est pas procéder de cette manière-là. Dire l’horreur de certains abattoirs, ce n’est pas se livrer à des comparaisons malsaines et scandaleuses. Comment peut-on comparer le sort qui avait été réservé à des millions d’individus dans les camps d’extermination nazis par un régime totalitaire et particulièrement monstrueux, qui proclamait l’extermination comme politique et mettait en pratique une extermination méthodique et calculée de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, aux pratiques utilisées dans les abattoirs ? Le mieux, faut-il le rappeler ici, est l’ennemi du bien. A comparer systématiquement, à relativiser ce faisant, on finit par se détourner d’une cause honorable, celle de la souffrance animale.

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