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21 Novembre 2018 | 13, Kislev 5779 | Mise à jour le 19/11/2018 à 15h42

Rubrique Israël

Municipales en Israël: les « Tsarfatim » dans la course

Israel Hayom, met en avant les francophones, en titrant « la ligue des Olim »

Les élections municipales ont été la première brique de l'édifice politique d'Israël. Avant la création de l'Etat, c'est le Mandat britannique qui avait fixé les règles de fonctionnement et d'élection des représentations locales. C'est là que s'est exercée pour la première fois la renaissance d'une vie politique juive en Eretz-Israël.

70 ans après l'Indépendance, le scrutin ne suscite évidemment plus le même engouement. Les récentes élections confirment une baisse constante du taux de participation, qui stagne autour des 50%. Et pourtant, les municipales restent la première et la plus accessible des entrées dans la politique nationale.

C'est ce qu'ont compris les fondateurs du mouvement Aleinu. Des immigrants des pays francophones qui se sont dit que le temps était venu pour leurs concitoyens de même origine de plonger dans le grand bain. « Depuis la création de l'Etat, on trouve des olim de France dans tous les  domaines de la vie israélienne, dans la culture, les sciences, la pensée juive, la technologie. Il n'y en a qu'un dont ils sont toujours absents : la politique », constate Arié Abitbol, cofondateur d'Aleinu avec Yomtob Kalfon, qui se défend pourtant de tout enfermement sectoriel. « C'est même exactement le contraire. Ce que nous voulons, c'est que les Israéliens d'origine francophone ne restent plus sur le bord de la route et s'engagent pleinement dans la vie publique du pays. Car c'est une phase de plus dans leur intégration », affirme Arié. 



L’ojectif est de faire entrer des francophones sur un maximum de listes

Depuis maintenant près de deux ans, les deux amis ont réuni des bénévoles dans les principales localités israéliennes ayant une population francophone. Ensemble, ils ont cartographié, étudié ces olim et leurs potentialités. Ils ont ensuite abordé les partis et formations politiques. « Nous les avons persuadés de prendre sur leurs listes des candidats francophones à des places réalistes. Et ça n'a pas été facile », se souvient Arié Abitbol. Aleinu n'aligne d'ailleurs qu'une seule liste sous son nom. Son véritable objectif est de faire entrer des francophones sur un maximum de listes, toutes couleurs politiques confondues. Il n'est pas question non plus de briguer des fauteuils de maire, mais seulement des sièges dans les conseils municipaux. « Les olim francophones peuvent représenter une véritable force politique au niveau local, alors que leur nombre est insuffisant pour élire un député à la Knesset, et dont l'action serait d'ailleurs insignifiante ». 

Si les formations se sont d'abord fait tirer l'oreille, elles ont rapidement compris qu'elles pourraient tirer avantage de la présence de francophones sur leurs listes. Vétéran de l'encadrement des olim, Arié Abitbol a dû d'ailleurs apprendre rapidement les codes du jeu politique : « Il fallait proposer une formule 'gagnant-gagnant'. Attirer un électorat qui jusque-là ne se sentait pas forcément concerné, pour obtenir en échange des partis qu'ils s'engagent sur l'agenda de l'intégration des olim et donnent les moyens à leurs élus d'y travailler. Et quand ils nous ont vu arriver avec un programme de dix pages sur la politique d'intégration locale, ils nous ont pris au sérieux ». Hormis quelques cas de partis qui ont essayé de resquiller en affichant un candidat francophone en queue de liste, les autres ont vraiment joué le jeu, se félicite d'ailleurs le fondateur d'Aleinu. 



Les électeurs olim sentent eux aussi souffler un vent nouveau

Les électeurs olim sentent eux aussi souffler un vent nouveau. Les candidats multiplient les rencontres ciblées vers le public francophone. Meetings traditionnels ou réunions chez l'habitant sont l'occasion d'échanger programme et doléances. Les « vatikim », installés depuis une ou plusieurs décennies attaquent les candidats en hébreu courant sur les problèmes de la ville. Les « hadashim », arrivés depuis peu, hésitent encore, mélangent l'hébreu et le français, même si les candidats les mieux organisés leur fournissent interprètes et oreillettes de traduction simultanée. Leurs questions tournent évidemment autour des problèmes d'intégration, de recherche d'emploi, de scolarisation des enfants. Parfois, leur culture politique française désarçonne les candidats, peu habitués aux exposés théoriques qui précèdent la question. Mais au bout du compte, le message passe. 

Il faut dire que les technologies de communication aident aussi bien les candidats que leurs électeurs. Que ce soit en français ou en hébreu, les réseaux sociaux font office de passerelle, de plateforme politique et de manuel d'utilisation. Toujours avec des bouts de ficelle et des aides bénévoles, Aleinu a même réalisé une vidéo d'explication en français sur le déroulement du scrutin déjà visionnée par des milliers d'olim, qui savent désormais qu'ils devront déposer deux bulletins dans l'urne, un pour le maire et un pour la liste du conseil municipal. Tous ceux qui sont inscrits au Ministère de l'Intérieur comme résidents israéliens, sont automatiquement intégrés aux listes électorales et pourront participer au vote, qu'ils aient ou non reçu leur carte d'électeur. 

Chez les volontaires d'Aleinu, on se prépare déjà à la deuxième phase de l'opération, quand il faudra accompagner les candidats qu'ils ont aidé à former dans leur nouvelle vie d'élu municipal. En attendant, le téléphone d'Arié Abitbol continue à crépiter. Ce sont les messages des « Raanana Girls », les volontaires locales qui réclament des chaises supplémentaires pour la réunion de 21 heures. 

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