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10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayéra : Quand la Mitzva prend vie

Avraham et Its’hak avant le sacrifice.Jan Victors, 1642

A propos du début de notre paracha, beaucoup de commentateurs s’interrogent sur la pertinence des gestes d’Avraham auprès des invités qu’il accueille chez lui. Voilà un homme âgé de 99 ans qui vient d’effectuer sur lui la circoncision. Malgré la souffrance, il va courir pour les retenir, choisir la meilleure farine, la meilleure viande, leur proposer de l’eau pour laver leurs pieds et choisir un endroit ombragé pour qu’ils se reposent. Mais cet empressement ne servira finalement à rien : ses invités qui sont des anges, à l’apparence humaine, ne mangeront pas !

A la lecture de ce récit, une question est posée. Dans les textes de la Tradition juive, Avraham est pris comme le modèle de l’accueil d’invités. Or comment est-il possible d’avoir comme modèle un Tsaddik dont les invités ne profiteront pas de son hospitalité ? L’action concrète n’est-elle pas l’aboutissement d’une idée ? Mais laissons de côté ce récit pour nous transporter à la fin de la paracha qui va dérouler devant nous, la même problématique. D.ieu demande à Avraham de sacrifier son fils et, sur de nombreux versets, le texte nous décrit la préparation mentale du patriarche à l’accomplissement de cet ordre qui lui aussi n’aboutira pas ! Its’hak, son fils ne sera pas sacrifié ! Comment devons-nous comprendre cette similitude ? D’autant plus qu’elle encadre une paracha entière ?


Des temps différents


La compréhension de toute la Thora n’est pas linéaire. Les périodes qui jalonnent l’histoire juive obéissent à des règles différentes en fonction des personnages et des situations qu’elle décrit. Si, par exemple, aujourd’hui, nous avons un livre de prières précis pour prier, ce n’était pas le cas à l’époque des patriarches qui priaient sans livre. Le Birkath hamazone, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’est pas le même que celui que prononçait Moché rabbénou car il connut différents ajouts. Et ainsi pour de nombreux autres exemples. Il en va de même pour l’histoire des patriarches. Jusqu’en l’an 2448 de la création du monde, qui vit le don de la Thora et la naissance du peuple juif, une césure existait entre la spiritualité et la matérialité. Il était impossible de sanctifier (définitivement) la matière et de ce fait, les patriarches ne s’en préoccupaient pas. Leur travail se concentrait essentiellement sur la consolidation de leur spiritualité. Des actes furent accomplis par les patriarches mais ils n’étaient accomplis que comme des gestes accessoires, pour qu’il y ait une assise concrète minimale. Ainsi par exemple, Avraham jusqu’à l’âge de 99 ans, ne pratiqua pas la circoncision. Ce n’est que sur l’ordre de D.ieu qu’il le fit. 


Une nouvelle option 


Il est possible à présent de comprendre le début et la fin de la paracha. Pour Avraham, comme pour Its’hak et Yaakov, seule la Kavana, la préparation mentale à la Mitzva était importante, l’action étant secondaire. C’est pourquoi, la Thora mettra l’accent sur leur investissement pour préparer l’accueil des invités ou le sacrifice de Its’hak mais l’acte proprement dit (1) n’existera pas. Mais après le don de la Thora, la césure entre spiritualité et matérialité fut rompue. Il fut alors possible de sanctifier la matière. Dès lors, c’est l’action concrète qui allait prendre de l’importance comme la Loi le stipulera : une mitzva concrète appliquée par un Juif à laquelle il manquera la Kavana (la préparation mentale) sera valable. Néanmoins, ce ne sera pas une raison pour négliger la préparation à la mitzva car comme nos Maîtres le rapportent « une mitzva sans  Kavana est comparée à un corps sans Néchama »… 


Note

  1. C'est-à-dire l’accueil concret des invités et le sacrifice ne se produiront pas.
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