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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique Judaïsme

Parachat ’Hayé Sarah : Message universel ?

Credit Gustave Doré

C’est un fait presque anecdotique, rapporté par le Zohar, mais qui, comme on le verra, nous projette vers une définition authentique de notre histoire. Cet ouvrage majeur de notre Tradition rapporte que lorsque Avraham reçut trois invités après sa circoncision, il poursuivit un agneau qui s’arrêta devant la grotte de Ma’hpéla. Quand il le prit, il sentit l’odeur du Gan Eden se dégager de l’endroit. La lumière éclatante qui y rayonnait lui fit comprendre que Adam et ’Hava (Eve), le premier couple de l’humanité, reposaient là.

Notre paracha nous raconte en son début, qu’Avraham mit tout en œuvre pour acheter cette grotte. Sa femme Sarah vient de mourir et c’est dans ce lieu qu’il veut l’enterrer. On pourrait s’arrêter là et souligner le caractère hautement symbolique de l’événement. Mais nos commentateurs suggèrent, avec profondeur, que ce choix marque une rupture dans l’histoire des hommes. Mais une rupture qui va introduire un fait nouveau. Au début de l’histoire des hommes, D.ieu installe dans le monde un projet. Celui de sanctifier la matière par l’intermédiaire des hommes. Le point de départ de ce projet trouva son expression avec Adam et ’Hava. Mais les générations suivantes s’écartèrent de la divinité et peu à peu, le monde sombra dans le chaos. Les dérives morales conduisirent D.ieu à détruire le monde et relancer le projet avec Noa’h. Mais là encore, Noa’h ne put assumer une mission universelle. Ce n’est qu’avec Avraham et Sarah que l’histoire trouvera un nouveau départ.


Un nouveau projet


   Mais là une précision s’impose. Après les échecs de vingt générations (de Adam jusqu’à Avraham), le projet divin va se réduire à un peuple. L’humanité dans son ensemble ne pouvant assumer cette tâche, c’est au peuple juif que D.ieu confiera la mission de sanctification du monde. Et cette mission débutera avec Sarah. Après Adam et ’Hava, n’importe qui aurait pu être enterré dans cette grotte. Mais c’est Sara qui le sera en premier. C’est elle qui va inaugurer le nouveau projet de D.ieu. Elle et pas Avraham. Certes, lui aussi y sera enterré mais Sarah introduit une dimension particulière.


Une perspective infinie 


En se mariant avec Hagar, Avraham fonde d’autres peuples. Il a cette dimension universelle qui ouvre une voie vers la multitude. Mais Sarah n’a qu’un seul fils : Its’hak, à l’origine de la lignée du peuple juif. Elle est la seule continuité de Adam et ’Hava, tout en inaugurant sa propre voie. Mais il y a plus. La force de Sarah réside dans la contradiction mise en avant au tout début de la paracha : dès les premiers mots de la paracha, le texte nous apprend la mort de Sarah mais la paracha a pour nom « La vie de Sarah » ! C’est une indication pour nous dire que son engagement dépasse sa propre vie : après sa mort, son fils suivra sa voie. Elle aura réussi ce que personne n’avait fait auparavant. Et Avraham le confirmera puisqu’après la mort de Sarah, il s’inscrira dans l’engagement de  sa femme. Sur le verset (1) dans lequel, il est précisé que « Avraham donna tout ce qu’il possédait à Its’hak », Rachi explique qu’il s’agit du don héréditaire de la bénédiction confié à Its’hak et à personne d’autre. Toutes ces précisions viennent bousculer un concept auquel on ne peut souscrire mais malheureusement très répandu. Le judaïsme n’est pas une religion universelle. Il a certes diffusé dans le monde des valeurs de morale qui sont devenues universelles mais dans sa pratique quotidienne, il reste un système à part dont chaque détail nous propulse vers une perspective infinie. Pour s’approcher d’un D.ieu infini. 


Note

(1) Béréchith, chap.25, verset 5

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