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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique Monde juif

Les illusions perdues du rêve américain

(Flash90.)

La synagogue Ets Haïm de Pittsburgh a été le théâtre d'une des attaques antisémites les plus meurtrières de l'histoire des Etats-Unis. Il aura suffi d'une heure pour briser à jamais la sérénité de cette communauté de Pennsylvanie et faire voler en éclats l'illusion des Juifs américains qu'ils seraient toujours à l'abri.

Ce matin du 27 octobre, Joyce Fienberg, 75 ans, Rose Mallinger, 97 ans, Jerry Rabinowitz, 66 ans, Cecil Rosenthal, 59 ans et son frère David Rosenthal, 54 ans, Daniel Stein, 71 ans, Melvin Wax, 88 ans, Irving Younger, 69 ans, Richard Gottfried, 65 ans, Bernice Simon, 84 ans et son mari Sylvan Simon, 86 ans, étaient comme tous les Chabbat, parmi les premiers fidèles arrivés sur place pour l'office du matin, dans cette synagogue qu'ils fréquentent depuis de longues années. Tous sont tombés sous les balles de Robert Bowers, que sa haine antisémite a transformé en machine à tuer. Armé d'un fusil semi-automatique et de trois pistolets, il a mis en joue chacune de ses victimes avant de les abattre d'une balle dans la tête. D'abord, ceux qui se trouvaient dans la salle de prières, puis ceux qu'il a pris le temps de traquer dans les pauvres cachettes qu'ils avaient pu trouver. Ce n'est que l'intervention rapide des policiers, qui a interrompu le massacre, obligeant l'assassin, qui voulait « tuer tous les Juifs », à se détourner de ses premières cibles pour tirer sur les forces de l'ordre. Quatre policiers seront blessés avant de débusquer le tueur, blessé, et l'obliger à ramper hors de sa cache. Il a tué onze personnes et en a blessé six autres. Déféré lundi devant un juge, il encourt la peine de mort.

Depuis, Pittsburgh, comme toute l'Amérique, est sonnée par l'horreur. Quelques heures à peine après le massacre, les habitants cherchaient un peu de réconfort en se rassemblant pour des veillées de solidarité. Dimanche soir, un office interreligieux à la mémoire des victimes était organisé devant une foule de Juifs et non-Juifs.  « C'est le jour le plus sombre de l'histoire de Pittsburgh », reconnaissait la gorge serrée Bill Peduto, le maire de la ville, le soir de l'attaque. De l'avis de tous, Pittsburgh a toujours été un modèle de coexistence. Le quartier de Squirrel Hill, où a eu lieu la tuerie, héberge un tiers des 50 000 Juifs de la ville, orthodoxes, libéraux et réformés vivant en bonne intelligence et partageant même de nombreuses activités culturelles et sociales.



Un modèle de coexistence

Comment le poison de l'antisémitisme, de la propagation de la haine et de l'incitation à la violence, couverts par la sacrosainte liberté d'expression américaine ont-ils débouché sur un massacre sans que personne ne l'ait vu advenir ? Ce seront aux enquêteurs et au Parquet de faire toute la lumière. A ce stade, l'attaque est qualifiée de « crime de haine » et non de « terrorisme intérieur ». La distinction aura de l'importance sur l'analyse des motivations de l'assassin. Le débat sur la libre circulation des armes reviendra inévitablement au-devant de la scène sans probablement qu'il trouve enfin la seule réponse qu'il mérite, dans un pays où beaucoup croient encore que ce doit être un droit fondamental. Des réalités que les juifs américains quant à eux, devront commencer à regarder en face. 

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