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14 Décembre 2018 | 6, Tevet 5779 | Mise à jour le 13/12/2018 à 11h38

15 décembre - Chabbat Vayigache : 16h35 - 17h49

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Vers un changement stratégique en Syrie ?

Les nouvelles batteries S-300 livrées à la Syrie (WIKIPEDIA.)

En livrant ses S-300 à Assad, la Russie marque un point face à l'Iran, mais va aussi obliger les USA et les occidentaux à redéfinir leurs priorités.

Trois semaines après l'incident de l'Il-20 russe, abattu par la défense aérienne syrienne, Moscou a soigneusement médiatisé la livraison de 49 composants de ses nouvelles batteries S-300 à la Syrie, destinées à « renforcer la sécurité des personnels militaires russes », a annoncé le ministre russe de la Défense. Mais de l'aveu même de la Russie, la mesure vise aussi à adresser un avertissement à l'ensemble des forces en présence dans la région. 

   Si Israël est concerné au premier chef, les puissances occidentales ne le sont pas moins. Selon le site russe pro-gouvernemental Spoutnik News, la mesure aura aussi des conséquences pour les pays de l'OTAN, dont la marge de manœuvre sera également affectée. Sans compter les autres dispositifs que la Russie va mettre à la disposition des Syriens pour le brouillage de navigation des appareils, missiles et autres armements utilisés non seulement par Israël, mais par les autres aviations de la région, y compris civiles, avec les risques d'accidents que cela pourrait entraîner.

Le Kremlin a finalement retourné à son avantage une situation où il risquait de perdre la main en Syrie, surtout face à l'Iran. La présence militaire russe en Syrie se fait de nouveau indispensable et donc légitime. Assad a enfin obtenu les batteries de défense aérienne qu'il attendait depuis cinq ans. L'Iran va pouvoir acheminer plus sereinement ses cargaisons d'armes pour le Hezbollah sans craindre à tout instant des raids israéliens au-dessus de la Syrie ou du Liban. Ce faisant, il devient redevable aux Russes, qui pourront en contrepartie exiger des concessions. 


L’iran va pouvoir acheminer ses cargaisons d’armes pour le Hezbollah

Israël, de son côté, va devoir s'adapter à cette nouvelle configuration. Bien sûr, Tsahal n'a pas attendu l'arrivée des S-300 en Syrie pour se préparer. Son aviation a déjà pu s'entrainer en Grèce et à Chypre, qui disposent de batteries russes, bien que d'un modèle plus ancien. Un entraînement qui était de toute façon devenu nécessaire depuis que la Russie avait livré des S-300 à l'Iran en 2015 et qu'elle a déployé – sans l'utiliser - son dispositif anti-aérien le plus sophistiqué, le S-400 en Syrie même, depuis trois ans. 

Reste que sur le plan diplomatique, les dirigeants israéliens ne peuvent guère compter que sur eux-mêmes. Les autres pays occidentaux qui participent aux frappes contre Daech en Syrie, principalement la France et la Grande-Bretagne restent très prudents. Quant aux Etats-Unis, ils se sont contentés jusqu'à présent de simples réactions verbales, évoquant une « sérieuse escalade » de la part de la Russie. Washington se doit pourtant de garantir à son allié israélien le maintien de sa supériorité stratégique, et pas seulement avec les chasseurs furtifs F-35 qu'il continue de livrer à Tsahal. En attendant, Israël doit donc avancer seul. Benyamin Netanyahou a confirmé le 7 octobre une prochaine rencontre avec Vladimir Poutine pour relancer la coordination sécuritaire entre les deux pays.

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