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16 Octobre 2018 | 7, Heshvan 5779 | Mise à jour le 15/10/2018 à 18h16

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Espionnage: la toile d’araignée iranienne au coeur de l'Europe

(Credit Bild)

Téhéran tisse ses réseaux d’espionnage en Europe depuis plusieurs années. L’attentat avorté de Villepinte n’en est que la dernière illustration.

Qui est Assadollah Assadi ?
C’est à l’une des pièces clés du dispositif de renseignement iranien en Europe qu’ont décidé de s’attaquer les autorités françaises, peut-être même sa poutre maîtresse. Le gel des avoirs  d’Assadollah Assadi, annoncé, le 2 octobre, dans un communiqué commun publié par les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de l’Economie, respectivement Gérard Collomb, Jean-Yves Le Drian et Bruno Le Maire, sanctionne l’organisation d’un « acte d’une extrême gravité », finalement avorté, sur le territoire français. Il témoigne en creux de la volonté de plusieurs Etats européens de réagir à l’activisme des réseaux iraniens au cœur du Vieux Continent. Une menace comme une réminiscence de la vague terroriste fomentée par la jeune République islamique dans les années 1980-1990.
Agé de 47 ans, Assadollah Assadi est officiellement diplomate iranien, numéro 3 de l’ambassade de la République islamique à Vienne depuis 2014. Une fonction stratégique tant la capitale viennoise constitue le centre névralgique des opérations d’espionnage iraniennes en Europe. Selon le blog spécialisé Intelli Time, Asaddi aurait succédé, après un passage en Afghanistan, à Mustafa Rudki, dépêché l’an dernier en Albanie comme directeur de l’un des services de renseignement iranien. Membre de l’agence de renseignements iraniens dénommée « ministère du Renseignement et de la sécurité » (MOIS) ou Vevak, il serait impliqué dans « l’observation intensive et le combat des groupes d’opposition à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran », selon le bureau du procureur fédéral allemand.

Où se trouve-t-il actuellement ?
Assadi a été interpellé le 2 juillet en Bavière, dans le Sud-Est de l’Allemagne, au terme d’une opération de police rondement menée. Protégé par son immunité diplomatique, l’espion iranien était intouchable sur le territoire autrichien… mais pas ailleurs. C’est dans cette faille du droit international que se sont insérés les services allemands, alors que la famille Assadi prenait quelques jours de vacances sous le soleil bavarois. « La personne poursuivie ne peut se prévaloir de son immunité diplomatique car elle se trouvait en congés pour plusieurs jours hors de son pays d’accueil, l’Autriche, et qu’elle ne se trouvait pas en déplacement entre son pays d’accueil et son pays d’origine, ou inversement », a argué un tribunal allemand, dans un communiqué publié le 1e octobre. Le Mossad ne serait pas étranger au coup de filet, même si l’Allemagne rappelle qu’elle mène ses propres investigations depuis plusieurs mois sur le réseau Assadi. Dans une décision effective le 27 septembre, la justice allemande annonçait la remise à la Belgique du diplomate iranien.

Comment l’Iran procède en Europe?
Le nom d’Assadi a été lâché aux enquêteurs belges par le couple arrêté le 30 juin, dans la région de Bruxelles. D’origine iranienne, Amir Sadoni, 38 ans, et son épouse, Nassimeh Nomani, avaient été interpellés en possession d’environ 500 grammes de TATP, un explosif très instable. Le matériel leur aurait été remis par M. Assadi en personne au Luxembourg. L’attaque de Villepinte aurait été commanditée en haut lieu dès le mois de mars, par la direction des renseignements extérieurs de la MOIS. « Selon une évaluation du renseignement américain de 1987, plusieurs organisations au sein du gouvernement iranien sont impliquées dans le terrorisme. Il semble que ce soit toujours le cas aujourd’hui », estime le chercheur au Washington Institute for Near Policy, Matthew Levitt, dans une étude parue cet été dans la revue du Centre d’étude contre le terrorisme de West Point. Outre Assadi, un autre ressortissant iranien, Saied Hashemi Moghadam et surtout la direction de la sécurité intérieure du ministère du Renseignement iranien ont vu leurs avoirs gelés par la France.

Vaste recrutement d’espions d’origine chiite mais non iraniens en Europe
Les renseignements israéliens, cités par la presse locale, considèrent que Téhéran s’est lancé dans un vaste recrutement d’espions d’origine chiite mais non iraniens. La possession d’un passeport européen par les «candidats » serait ainsi particulièrement prisée. Logique quand on sait la sensibilité des objectifs qui leur sera fixé par la Vevak, sous l’autorité  du Conseil suprême de sécurité nationale : assassinats ciblés, harcèlement de l’opposition à l’étranger, mais aussi achat de matériels nécessaires au programme balistique iranien. Selon des documents du renseignement intérieur allemand, consulté par le site The National, basé à Abou Dhabi, au moins quatre des seize Landërs du pays ont repéré sur leur territoire des activités d’agents iraniens. Le phénomène est perceptible dans plusieurs Etats européens. Assassinat d’un opposant iranien d’origine arabe à La Haye en novembre 2017, arrestation le mois suivant d’un espion d’origine pakistanaise à Berlin s’intéressant d’un peu trop près au président de l’association Allemagne-Israël, puis d’agents en Albanie en mars dernier et même aux Etats-Unis au mois d’août. Deux hommes y photographiaient notamment une institution Habad à Chicago.
Conscients de la gravité de le menace, plus de trente Etats européens se réuniront à la fin de l’année en Europe pour la sixième réunion du « Law Enforcement Coordination Grup », organisée par le Département d’Etat américain. Jusque-là centré sur les activités terroristes du Hezbollah dans le monde, elle devrait cette année ouvrir ses débats à la toile d’araignée que tisse patiemment l’Iran au cœur de l’Europe.

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