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17 Décembre 2018 | 9, Tevet 5779 | Mise à jour le 17/12/2018 à 17h07

Rubrique Culture/Télé

Alain Afflelou : « Je ne porte pas ma judéité en étendard. Je n’ai jamais eu l’occasion d’avoir à la cacher »

Crédit photo Florence Galabru Sipa

Il célèbre les 40 ans d’existence de sa marque. Retour sur le parcours hors du commun d’Alain Afflelou.

Actualité Juive : Plus de 700 magasins en France, 330 en Espagne, des magasins en Belgique, au Portugal, au Maroc, en Tunisie, à Dakar et à Abidjan… Chaque année, dans le monde, 2 millions de vos lunettes sont vendues. Quelle impressionnante cascade de chiffres !

Alain Afflelou : C’est une liste qui m’impressionne moi-même ! On n’imagine pas, en ouvrant des magasins un à un ou deux par deux, l’ampleur que prendra l’ensemble. Et puis vient le jour où l’on s’arrête et où l’on réalise qu’il y en a mille cinq cents !


A.J.: Ce livre célèbre « 40 ans d’innovation, de combativité, d’inventivité et de travail acharné ». Le succès Afflelou tient-il d’une forme de houtspa ?

A.A. Peut-être ai-je parfois fait preuve d’une forme non pas d’inconscience mais d’insouciance. J’ai très vite réalisé que mon tempérament me conduisait à penser que j’avais raison tant que l’on ne me démontrait pas que j’avais tort. J’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire avec, comme vous le dites, une forme de houtspa qui consiste à croire en ce que l’on fait.


A.J.: Afflelou, c’est aussi une affaire de publicité. Une phrase revient, telle un mantra : « Il ne s’agit pas seulement de bien faire, il faut aussi le faire savoir »…

A.A. Si j’ai quelque chose d’exceptionnel à vendre et que personne ne le sait, cela va rester dans un coin. Le faire savoir relève du bon sens. Félix Schwartz-Bart, notre premier publicitaire, m’avait dit : « Si tu as quelque chose à dire, dis-le. Sinon, ferme ta gueule ! ». J’ai décidé que j’avais quelque chose à dire.


A.J.: Il vous avait prévenu : «Les Français n’aiment pas la publicité ». N’est-ce pas ce que les téléspectateurs ont constaté lors de votre passage à        « On n’est pas couché » où l’on a assisté à un procès de la publicité ?

A.A. Je suis tombé dans un guêpier. Je crois que le comédien déguisé en je ne sais quoi en est resté à la publicité de l’époque de son costume. J’étais désarçonné par la bêtise de leurs observations. Charles Consigny a dit pour sa part qu’il était content d’avoir enfin sur le plateau un invité qui avait réussi à la force du poignet…


A.J.: Aujourd’hui la communication est scandée par l’accent de Sharon Stone. C’est à celui de votre père que la marque doit son nom…

A.A. Cela remonte, je pense, au père de mon père auquel on avait demandé, en Algérie, son nom le jour de son mariage pour le livret de famille. Et comme ils étaient d’origine marocaine, il a répondu avec un accent qui a induit le préposé en erreur et lui a fait inscrire Afflalou. En Algérie, mon père, mes oncles et mes cousins s’appelaient tous Afflalou. En rentrant en France, au moment de faire les papiers, nous avons découvert que nous nous appelions Afflelou, qu’il était d’ailleurs très difficile pour nous de prononcer. 


A.J.: Le livre s’ouvre sur l’histoire familiale avec de belles photos d’Algérie…

A.A. Sur l’une d’elles, je suis avec mon frère, ma sœur et une petite cousine au cimetière juif de Sidi Bel Abbès, ville où nous avons vécu les dernières années.


A.J.: Vous devez à votre père Isaac la transmission des valeurs de « courage, réflexion et capacité à rebondir ». Pourquoi aucune mention n’est-elle faite de votre judéité ?

A.A. Je ne porte pas ma judéité en étendard. Je n’ai jamais eu l’occasion d’avoir à la cacher et d’ailleurs, pour respecter la volonté de mon père de me voir observer Kippour, mes propres magasins sont fermés ce jour-là ainsi que tous mes bureaux. Kippour est férié pour tous les collaborateurs qui, du reste, apprécient ce jour de congé supplémentaire !


A.J.: On raconte que, parti en Israël lors de la guerre des Six Jours, vous seriez arrivé le septième jour !

A.A. Je dis souvent en riant que quand les pays arabes ont su que moi aussi j’arrivais, ils ont dit : « Là, c’est trop, on arrête ! ». A cette époque, le monde entier était pro-israélien. Beaucoup de jeunes, juifs et non juifs, avaient décidé de partir pour apporter leur aide dans les kibboutz. Pour ma part, je faisais l’irrigation et la cueillette des abricots. Je peux vous dire que les premiers jours, on est heureux mais qu’après, on n’en peut plus, des abricots !


A.J.: Pourquoi n’y a-t-il pas d’enseigne Afflelou en Israël ? 

A.A. Ce n’est pas parce que je suis à fond pro-israélien qu’une enseigne doit y être installée. J’ai essayé d’y faire des acquisitions mais il est très difficile de faire des affaires avec les Israéliens. Je préfère aller m’y promener, sans être obligé de travailler…  


Alain Afflelou, « Passionnément », Michel Lafon, 192 p, 29,95 euros

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