Default profile photo

10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique France/Politique

Rabbin Joël Jonas : « Les Juifs se sont naturellement battus pour la France »

(DR)

La guerre de 14-18 a révélé une ferveur patriotique inédite parmi les populations juives sur tous les fronts où elles s’étaient engagées, explique l’aumônier en chef israélite des Armées, le rabbin Joël Jonas.

Actualité juive: En 14-18, les Juifs français se sont mobilisés sans réserve pour la défense de la patrie. De quoi cet engagement était-il le nom ? 

Joël Jonas : D’une ferveur patriotique qui reposait sur plusieurs facteurs. Le premier facteur était que les Juifs étaient des citoyens comme les autres. Ils se sont inscrits naturellement dans la tempête nationaliste qui balayait la France à l’époque et que l’on a appelée l’Union sacrée. Pour ces Juifs qui avaient obtenu l’émancipation en 1791, se battre pour la France était une façon d’acquérir par le sang le droit d’être français. C’était une forme de reconnaissance et, si l’on peut dire, un ticket d’entrée dans la nation qui était alors une grande nation, la patrie des droits de l’Homme et de la Révolution française. C’est pour cette raison que bien plus tard, à l’arrivée du Maréchal Pétain au pouvoir, les Juifs n’ont pas compris qu’on leur retire le droit d’être citoyens puisqu’ils avaient pris les armes et combattu pour la France. Ce sentiment était encore plus fort pour les Juifs français d’Algérie. Cet engagement patriote s’est aussi expliqué par la volonté de se débarrasser de l’image des Juifs peureux, « planqués » et confinés au monde synagogal. Etre sur le front de guerre signifiait pour ces Juifs être capables de se battre.    

A.J.: Deux figures resteront héroïques : le rabbin Abraham Bloch tué au combat en apportant un crucifix à un soldat mourant qui l’avait pris pour un prêtre et le grand rabbin Jacob Kaplan qui avait dit sur sa mobilisation 

J.J. : Oui. Pour le grand rabbin Kaplan, le culte de la patrie était une forme de culte religieux : aller en guerre était une mitsva et une manière de servir D’ieu. Je cite le grand rabbin Haïm Korsia dans son livre Etre juif et français : Jacob Kaplan le rabbin de la République, il cite Jacob Kaplan qui avait écrit dans un carnet, le 30 août 1916 : « Fille de Babel bientôt en ruine, heureux qui te châtiera pour les forfaits que tu as commis chez nous ». On voit dans cette interprétation du psaume 137 sa foi inébranlable dans la victoire française. La fille de Babel, c’est l’Allemagne. L’histoire du grand rabbin Kaplan a ceci d’extraordinaire qu’alors étudiant au Séminaire israélite, il avait refusé au grand rabbin de France Alfred Lévy un poste d’aumônier sur un navire-hôpital pour aller combattre dans le 411e régiment d’infanterie... 


« La fraternité des tranchées, je l’ai  connue ». Leur foi religieuse a-t-elle renforcé leur patriotisme ?

A.J.: La Première guerre fut aussi celle où pour la première fois, des juifs d’armées ennemies se tiraient les uns contre les autres. Etait-ce toujours au nom du patriotisme ?   

J.J. : Oui. Les Juifs français étaient férocement français, les Juifs allemands, férocement allemands, etc. Il arrivait même que des membres d’une même famille se retrouvent dans des camps ennemis. Quand on avait interrogé là-dessus le grand rabbin Lieber, il disait que l’Union sacrée permettait de définir une nouvelle étape dans le processus d’intégration communautaire et qu’on ne pouvait rien contre ces guerres fratricides. Elles étaient une tragédie mais il n’en était pas différemment pour les fils des autres religions... 

Powered by Edreams Factory