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17 Décembre 2018 | 9, Tevet 5779 | Mise à jour le 17/12/2018 à 17h07

Rubrique France/Politique

Ariel Goldmann : « Mon cœur saigne »

(DR)

Le billet de la semaine par Ariel Goldmann-Président du FSJU / AUJF et de la Fondation du Judaïsme Français.

A quoi assiste-t-on ? Je n’ai pas la réponse. Je pose la question parce qu’elle me taraude depuis des années en tant qu’homme, en tant que Juif et en tant que Président de deux des principales institutions de la communauté juive de France : le Fonds Social Juif Unifié et la Fondation du Judaïsme Français. 

Quelle marche avons-nous manquée ? Qu’est-ce que nous n’avons pas vu ? Que ne voyons-nous pas ? Hier des enfants juifs abattus à bout portant à Toulouse dans une école ; à Paris, un Hyper Cacher et ses clients pris pour cibles et des vies volées ; une vieille dame défenestrée et une autre rouée de coup et brûlée.

Avant l’été, des locaux utilisés par l’UEJF mis à sac à Tolbiac ; en septembre des tags antisémites visant le Président de l’Université Grenoble-Alpes ; mi-octobre des croix gammées sur les murs d’HEC, école d’excellence qui forme les élites de la République. Le constat est terrible, d’autant  plus accablant qu’il s’inscrit dans un contexte européen exécrable de populisme et d’antisémitisme larvé…de moins en moins larvé. 

Il restait les Etats-Unis… comme abrités de la tempête ! Bien sûr, rien n’est parfait. Selon les derniers chiffres d’un rapport de l'Anti-Defamation League, 2017 a enregistré une hausse des attaques à caractère antisémite de 57% par rapport       à 2016, ce qui concrètement donne 1.986 « incidents » : harcèlement, vandalisme, agressions sur des personnes juives mais, précise le rapport, pas d’attaques « violentes ». Et voilà que le 27 octobre dernier l’édifice américain s’effondre à Pittsburgh. Pennsylvanie.

Robert Bowers, adepte de Gab, un réseau social connu pour être le point de rencontre des suprématistes blancs entre lourdement mais légalement armé dans la synagogue Tree of Life (Arbre de Vie), fondée il y a 150 ans dans le quartier de Squirrel Hill, où bat le cœur de l’importante communauté juive de la ville. Il tire sur les fidèles. 11 morts (parmi lesquels Rose Malinger zal, 97 ans rescapée des camps de la mort), des blessés, plusieurs parmi les forces de l’ordre. Il venait de hurler : « Tous les Juifs doivent mourir. » L’assassin avait posté peu avant d’ouvrir le feu un message ciblant l’organisation juive HIAS de défense des réfugiés. « HIAS aime amener des envahisseurs pour tuer les nôtres. Je ne peux pas rester assis et voir les miens se faire massacrer, j’y vais. » 

On aura beau jeu de nous dire « cas isolé », « loup solitaire », « dingue en liberté » : ce carnage-là, est un tournant pour les Etats unis d’Amérique, et pour le monde libre. Un tournant qui doit interroger très sérieusement les démocraties. 

« Quelle marche avons-nous manquée ? Qu’est-ce que nous n’avons pas vu ?»

On peut d’ailleurs s’étonner et même déplorer, qu’à l’inverse de ce qui s’est passé en France lors des premiers attentats antisémites  de l’après-guerre (je pense ici à Copernic en 1980 ou à la profanation du Cimetière de Carpentras) aucune manifestation importante de citoyens n’ait eu lieu pour dénoncer cet attentat antisémite.

Les Etats-Unis doivent désormais s’inscrire avec Israël, la France, l’Allemagne, l’Angleterre et les autres pays d’Europe dans une réflexion existentielle ; le mot n’est pas trop fort. 

Le choix est simple, binaire : Admettre et décréter que lorsqu’un individu prend pour cible des Juifs au motif qu’ils sont Juifs, il y a danger absolu, imminent, total pour l’ensemble des citoyennes et citoyens de la Nation. Le décréter en mots, en lois, en respect de la loi. 

Ne pas l’admettre est tacitement accepter, c’est-à-dire de la manière la plus lâche qui soit, de voir les valeurs démocratiques bafouées, violées, piétinées, balayées, assassinées d’un jet de balles meurtrières. 

« Mon coeur saigne… »  a écrit la Première dame, Melania Trump, sur son compte twitter, au lendemain du drame de Pittsburgh.

Le nôtre aussi, Madame, et depuis bien longtemps, sans grand monde pour le comprendre.

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