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10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Israël

Violence : le cercle vicieux

13 novembre. Une maison, située à Ashkelon, totalement détruite par une roquette envoyée par les terroristes du Hamas (flash90)

Il se passe quelque chose de bizarre ce soir du 11 novembre. Les Israéliens qui habitent près du sud de la Bande de Gaza entendent soudain des détonations et le vrombissement des hélicoptères de Tsahal. Rien d'inhabituel, et pourtant...

Les sons viennent de trop loin à l'ouest. Le mystère sera levé peu après. C'est une opération d'une unité d'élite de Tsahal à trois kilomètres derrière les lignes, qui a mal tourné. Une voiture avec à son bord plusieurs hommes en civil était entrée dans Han Yunès. Ils ont été surpris par des miliciens du Hamas, qui les ont pris en chasse. Les passagers de la voiture ouvrent le feu sur leurs poursuivants, tout en donnant l'alerte. A bord, le lieutenant-colonel M. est mortellement touché. Un de ses camarades est grièvement blessé à son tour. Dans la course poursuite, les membres du commando continuent à tirer et appuyés par l'aviation arrivée en renfort, ils tuent sept de leurs poursuivants, dont un chef local de la branche armée du Hamas. Un hélicoptère parviendra finalement à les récupérer. Et un missile israélien détruira le véhicule abandonné pour ne rien laisser aux mains des ennemis. 

Cette opération était de celles dont on n'entend jamais parler mais qui se déroulent régulièrement sur ordre du chef d'état-major de Tsahal ou du ministre de la Défense. Des commandos d'élite pénètrent dans la Bande de Gaza, pour des missions de renseignement qui se révèlent cruciales pour la poursuite de la dissuasion, surveiller l'évolution tactique des organisations terroristes et pour définir les banques de cibles à frapper le cas échéant. « On racontera un jour la dette énorme qu'Israël a envers le lieutenant-colonel M. », a affirmé le général Gadi Eisenkot, à propos de l'officier tombé dans le combat. Rien d'étonnant donc, à ce que Binyamin Netanyahou ait interrompu sa visite à Paris, dès qu'il a été informé de l'incident. Le Premier ministre israélien connaissait son potentiel explosif et savait parfaitement que le Hamas ne laisserait pas passer. Pour ce dernier, c'était une question de prestige et de crédibilité internes. 

La violence de la réaction palestinienne n'a pas démenti cette analyse. Des centaines de roquettes ont déjà frappé l'ouest du Néguev et les organisations terroristes de Gaza menacent d'étendre le rayon de leurs attaques, si Tsahal ne cesse pas ses frappes de riposte. Une nouvelle fois, les deux camps se retrouvent ramenés à leur point de départ, au moment où l'on croyait l'accalmie imminente. Lors du point de presse qu'il avait accordé aux journalistes israéliens qui l'accompagnaient à Paris, Binyamin Netanyahou avait longuement expliqué pourquoi il ne voulait pas d'une « guerre inutile » et que le pragmatisme dictait ses actes face à une organisation terroriste. « Il ne peut y avoir de règlement diplomatique avec une entité dont l'idéologie est de nous détruire. Il ne peut y en avoir avec Gaza, comme il ne peut y en avoir avec Daech », expliquait donc le chef du gouvernement israélien pour justifier que « tant que le Hamas contrôle la Bande de Gaza, la meilleure solution possible, c'est une accalmie ».

C'est la raison pour laquelle Binyamin Netanyahou avait autorisé le Qatar à faire entrer 15 millions de dollars en espèces à Gaza pour payer les fonctionnaires du mouvement islamiste, mais aussi à poursuivre l'approvisionnement en fioul de la centrale électrique du territoire côtier pour les six prochains mois, « afin de ramener le calme pour les localités du pourtour de Gaza et d'éviter une catastrophe humanitaire [dans la Bande de Gaza] ». Un dispositif qui devait être la première étape avant un arrangement pour une accalmie à plus long terme. « Mais je ne suis pas sûr que la deuxième étape se réalise », avait averti le Premier ministre israélien.



« On racontera un jour la dette énorme qu’Israël a envers le lieutenant-colonel M. »


Le Hamas et son subalterne pro-iranien, le Jihad islamique fonctionnent évidemment sur des considérations différentes. Les islamistes palestiniens cherchent à dicter leurs règles de dissuasion à Israël, comme ils le font depuis plus de sept mois. En laissant Israël avancer sur la voie des concessions, ils espèrent l'affaiblir en l'empêchant de recourir à ses procédures antérieures d'éliminations ciblées, notamment contre les responsables palestiniens. Alors que les tirs de roquettes continuaient de frapper l'ouest du Néguev, Israël poursuivait mardi l'acheminement des marchandises vers la Bande de Gaza par le terminal de Kerem Shalom. 

Israël ne veut pas d'un embrasement sur son front sud, qui pourrait s'étendre à la Judée-Samarie, alors que le front nord et la menace iranienne au Liban et en Syrie demeurent sa première préoccupation stratégique. Tsahal a pourtant déjà fait descendre vers la frontière de Gaza des renforts d'infanterie, du génie et des blindés. Et dans les coulisses, les différents médiateurs s'activent toujours à rétablir un cessez-le-feu, sans que l'on sache pour combien de temps. 

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