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10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Israël

Démission de Lieberman : coalition dans la tempête

Avigdor Lieberman (Flash90.)

Binyamin Netanyahou, champion incontesté du rafistolage politique, a encore donné la preuve de son talent. En cinq jours, il a réussi à ressusciter sa coalition que tout le monde donnait pour morte. Jusqu'à la prochaine crise ?

La démission d'Avigdor Lieberman du ministère de la Défense, moins de 24 heures après l'annonce d'un cessez-le-feu controversé avec le Hamas a pris tout le monde de court. Il faut dire qu'en Israël, il y a quelques lois non écrites en matière de fronde politique. La première est qu'on peut quitter une coalition après une guerre, mais jamais avant. A cet égard, la faute du patron d'Israel Beitenou a d'une certaine manière facilité la tâche du chef du gouvernement. 

Tout au long de la crise, Binyamin Netanyahou s'est employé à repérer le maillon faible de sa coalition. Il a d'abord pensé que ce serait son ministre des Finances, Moshe Kahlon. Proche idéologiquement du Likoud, il apparaissait comme le plus malléable. Mais le leader du Koulanou a préféré jouer le rôle de l'adulte responsable, se contentant de rappeler que l'instabilité politique était mauvaise pour l'économie et qu'il valait mieux aller aux élections anticipées le plus tôt possible. 

Les partis orthodoxes, rompus à ce genre d'exercice, ont également compris qu'il leur fallait rester discrets. Après tout, les questions sécuritaires ne sont pas leur spécialité. Ils avaient donc eux aussi tout intérêt à plaider la modération. Si la coalition peut tenir jusqu'à la fin de son mandat, tant mieux, sinon on s'adaptera aussi à la dissolution. 

Seul le patron du Bayit Hayehudi s'est trop avancé. Et surtout trop vite. Sans même attendre la fin de la conférence de presse d'Avigdor Lieberman le 14 novembre, il réclamait le portefeuille de la Défense, condition sine qua non de son maintien au gouvernement. Les relations entre Naftali Bennett et Binyamin Netanyahou n'ont jamais été idéales, mais là on était passé au stade de l'affront personnel. Convaincu pourtant que sa profession de foi sécuritaire suffirait à le placer en seul sauveur crédible, le ministre de l'Education n'a pas vu qu'il se mettait en très mauvaise posture. Attaquer de front la politique sécuritaire du gouvernement revenait à contester l'autorité du Premier ministre. Contrairement à lui, Avigdor Lieberman avait su freiner avant l'attaque ad hominem. 

Après quelques jours d'incertitude et de tractations en coulisses, Binyamin Netanyahou reprenait la main le 18 novembre dans une conférence de presse martiale. Se présentant en « combattant pour Israël », il annonçait qu'il reprenait le ministère de la Défense. Et donnait une leçon de civisme à ses partenaires : « Quand Israël traverse la situation sécuritaire la plus complexe de son histoire, on ne fait pas chuter le gouvernement. C'est irresponsable ! ». 

Lundi, Naftali Bennett faisait finalement machine arrière, sans pour autant abandonner tout à fait son réquisitoire. « Israël traverse une crise de confiance sécuritaire. Le problème n'est pas chez nos ennemis », a affirmé le leader du Bayit Hayehudi, qui a pourtant renoncé à démissionner. « Nous retirons toutes nos exigences politiques et nous nous rangeons aux côtés du Premier ministre », précisant toutefois qu'il le jugerait sur ses actes.

Binyamin Netanyahou a sauvé sa coalition. Mais il ne dispose plus que d'une seule voix de majorité à la Knesset et d'un agenda politique qui pourrait générer de nouvelles tensions. Même au Likoud, on ne parie pas sur des élections dans un an, mais plus vraisemblablement d'ici mars ou mai prochains. 

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