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10 Décembre 2018 | 2, Tevet 5779 | Mise à jour le 10/12/2018 à 16h05

Rubrique Israël

Isaac Herzog : « Je crois au pluralisme. Sous la tente, nous sommes tous juifs »

(Flash90.)

Le nouveau président mondial de l’Agence juive était à Paris cette semaine pour participer à la Convention du Crif et à une réunion du Congrès juif mondial. Actualité juive l’a rencontré.

Actualite Juive : Vous avez été élu en juin dernier à la tête de l’Agence juive. Quelles sont vos premières impressions sur la place et les défis de cette institution à propos de laquelle vous avez déclaré à nos confrères du Time of Israel qu’elle avait « du mal à raconter son histoire » ?

Isaac Herzog : J’ai pris la tête d’une institution incroyable. L’Agence juive est la plus grande organisation juive du monde qui relie Israël et les communautés de Diaspora et qui a donné naissance à l’Etat d’Israël puisque c’est en tant que président de l’Agence juive que David Ben Gourion a quitté le bureau que j’occupe aujourd’hui pour aller proclamer la création de l’Etat d’Israël et en devenir le Premier ministre. Mais notre institution ne sait pas expliquer de façon claire ses missions et ses actions. Nous œuvrons  dans tant de domaines qu’il est pour nous très compliqué de présenter et de résumer notre mission. Ma mission principale à la tête de l’Agence juive sera de préserver l’unité du peuple juif, un petit peuple de 14,5 millions de personnes dans un océan de 7,5 milliards d’habitants. Nous devrons continuer à agir dans le domaine de l’Alyah et de l’intégration, du renforcement de l’identité juive, mais aussi de l’activisme social, du dialogue entre les différentes communautés et courants du judaïsme, de la lutte contre l’antisémitisme et du BDS.

A.J.: Comment espérez-vous maintenir l’équilibre et rétablir la confiance dans un moment de tension comme aujourd’hui entre les communautés juives libérales et le gouvernement israélien ?  

I.H. : Je crois profondément au pluralisme. Sous la tente, nous sommes tous juifs. L’Agence juive ne se préoccupe pas des questions théologiques mais des questions identitaires, juives et nationales. Après avoir été élu, j’ai dit un juif est un juif, quelles que soient sa  façon de s’habiller et la synagogue dans laquelle il prie, qu’il prie ou non. Notre mission est d’éviter l’éclatement du peuple juif et les divisions internes. Au regard de l’Histoire, notre génération sera jugée sur sa capacité à avoir évité les divisions pour protéger son unité. Et je n’exagère pas du tout : celui qui comprend le fossé qui s’est creusé entre le judaïsme américain et le judaïsme en Israël sait exactement de quoi je parle. Les défis du peuple juif sont si grands, la haine d’Israël et du peuple juif qui menace de l’extérieur est tellement importante que nous devons tout faire pour maintenir un dialogue franc et permanent entre les différents courants. Il y a de très beaux exemples dans les communautés juives à travers le monde de rabbins représentant les différents courants du judaïsme qui dialoguent ensemble dans un respect mutuel. Ces comportements peuvent nous servir d’exemple en Israël.

A.J.: Natan Sharansky, votre prédécesseur, avait fait du renforcement  de l’identité juive sa priorité. Quelle sera la vôtre et votre stratégie ?  

I.H. : J’ai fixé à l’Agence juive de nouveaux objectifs pour qu’elle se renouvelle. Comme je vous l’ai dit, nous œuvrons dans de très nombreux domaines. En France, par exemple, notre action dans les domaines de l’Alyah et de l’intégration est connue, mais nous sommes également actifs dans la lutte contre l’antisémitisme et la formation du nouveau leadership communautaire à travers les programmes Bac Bleu Blanc, Taglit et Massa. Je veux aussi accorder une place importante à la diffusion de l’hébreu auprès des jeunes en collaboration avec l’OSM. Je souhaite enfin que nous parvenions à rapprocher de la communauté les jeunes juifs éloignés avec des activités innovantes en utilisant les nouvelles technologies, les réseaux sociaux et des programmes de justice sociale. Si nous arrivons à intéresser et à rapprocher ces jeunes, nous renforcerons la base communautaire. 


A.J.: Comment voyez-vous l’avenir des juifs en Europe et en France, en particulier ?

I.H. : La montée de l’antisémitisme est très inquiétante et elle ne concerne pas uniquement l’Europe mais le monde entier. On l’a vu avec ce qui s’est passé à Pittsburgh aux Etats-Unis. Nous vivons dans une période de violence politique et verbale, le souvenir de la Shoah se fait de plus en plus lointain et à nouveau, on accuse les juifs de tous les maux. Je ne suis pas là pour dire aux communautés : « Votre seule solution est de faire votre Alyah ». J’encouragerai toujours les juifs qui le veulent à s’installer en Israël mais je veux parallèlement à cela aider les communautés juives à rester fortes, à se renforcer et à développer la vie communautaire là où elles sont. C’est le sens des activités que nous développons. 

A.J.: La France est-elle encore pour l’Agence juive un pays prioritaire ? Que prévoyez-vous d’y faire ? 

I.H. : Je suis personnellement, par mon histoire familiale, très attaché à la France. La communauté juive française occupe une place spéciale par son rayonnement et par sa taille et il est évident qu’elle restera une priorité. On va évidemment continuer à œuvrer en faveur de l’Alyah, l’intégration et l’éducation juive mais j’aimerais mettre un accent particulier sur la formation d’un nouveau leadership. C’était important pour moi de rencontrer les étudiants de l’UEJF pendant cette visite à Paris. Je voulais avoir une discussion franche avec eux et voir dans leur regard la confiance et l’assurance malgré les difficultés qu’ils rencontrent dans les universités. Après cette rencontre, j’avais une conférence téléphonique avec notre board américain et j’ai tenu à raconter cette rencontre avec les étudiants français parce que je crois au monde juif global. Nous sommes tous garants et responsables les uns des autres.

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