Default profile photo

17 Décembre 2018 | 9, Tevet 5779 | Mise à jour le 17/12/2018 à 17h07

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayétsé : une prière dans la nuit

(Flash90.)

Yaakov, le troisième patriarche est au cœur de notre paracha, au sein de laquelle, il sera confronté à tous les dangers qu’un homme peut connaître dans sa vie. Et malgré une existence tourmentée, le Midrash et le Zohar le qualifieront « d’élu » ou de « choisi » des trois patriarches ». Mais cette appellation pose problème en regard d’un texte du Talmud (1), relatif à la prière qui affirme qu’au départ, la prière de Arvith, dite le soir, était facultative. Ce n’est que plus tard que le peuple juif donna à cette prière un caractère obligatoire.

Mais avant tout, revenons sur un autre texte du Talmud (2). Il y est écrit que chacune des trois prières fut instituée par l’un des trois patriarches. Cha’harith, celle du matin, le fut par Avraham. Min’ha, celle de l’après midi, le fut par Its’hak et Arvith, celle du soir le fut par Yaakov. Or plus haut, dans le même traité talmudique, il est écrit qu’au départ, la prière d’Arvith était facultative. Cette spécificité est étonnante : si Yaakov est qualifié « d’élu », comment la prière dont il est à l’origine n’eut, au départ, qu’un caractère facultatif. Comme si elle avait moins d’importance que les deux premières !


Quitter le monde 

Pour comprendre ces nuances, il nous faut, au préalable, expliquer la contradiction interne à la prière. La prière est désignée, dans le Talmud, par l’expression « service du cœur » qui sous-entend, le désir de chaque Juif de s’attacher à D.ieu de toutes ses fibres, au point de se dépouiller de sa corporalité et de fuir les attraits du monde matériel. La tradition hassidique rapporte, à propos de Rabbi Ouri de Strelisk, qu’avant de prier chaque matin, il disait adieu à sa femme et à ses enfants. Il ne savait pas s’il allait revenir vivant de sa prière, tant son désir de s’unifier à D.ieu était intense. D’un autre côté, prier, c’est aussi demander la satisfaction de ses besoins matériels et à travers ces demandes, on peut lire l’affirmation claire d’une conscience de sa personne !


Le talon  

Ces deux pôles de la prière se retrouvent chez Yaakov. D’un côté, il affirmera clairement qu’il ne mérite pas les bontés que D.ieu lui accorde car ses mérites sont peu nombreux (3). Bien plus, il pensera que ses fautes sont à l’origine de sa crainte d’être  tué par son frère Essav. « Je suis trop petit, proclame t-il devant D.ieu pour mériter tous les bienfaits divins. Et cette humilité se traduira dans son nom, Yaakov, dans lequel on retrouve le mot « Akev » (un talon), la partie la plus basse du corps. Toutefois, Yaakov aura un rapport très direct avec le monde puisqu’il fondera une famille, dans un environnement hostile à toute spiritualité, constamment menacé par son beau-père. A partir de cette comparaison, on comprend aisément que Yaakov est l’incarnation même de la prière et plus particulièrement, celle d’Arvith, la prière du soir, non obligatoire dans les premiers temps. Et si elle le devient plus tard, elle traduit alors, toute sa grandeur : quand une prière est imposée, rien ne prouve la sincérité de celui qui la récite. Mais quand elle est laissée au bon vouloir de l’homme, sans être imposée, elle devient plus grande si elle est récitée ! C’est pourquoi Yaakov est perçu par la Tradition comme l’aboutissement et la plénitude du travail d’Avraham et d’Its’hak. 

Notes

(1) Traité Béra’hoth, p.4b

(2) Traité Béra’hoth, p. 26b

(3) Début de la parachath Vaychla’h

Powered by Edreams Factory